dimanche 27 juillet 2008

Soul Swing - Le retour de l'âme soul

Le Soul Swing fait partie de la old-school marseillaise et comme les autres dans ce cas ils sont longtemps restés dans l’ombre d’IAM bien qu’ils soient en feat. Sur les deux premiers LP de ces derniers. Composé de Faf Larage (à l’époque D.R.S.), Def Bond (à l’époque D.E.F.), K.Rhyme le Roi (à l’époque Karim le Roi), Dj Majest’x et Dj Rebel le Soul Swing s’est séparé après l’échec commercial de cet EP.

Comme beaucoup de monde je pense, j’ai découvert Def Bond par « Tu me plais » sur la BO de Taxi, alors autant le dire tout de suite, ça n’a strictement rien à voir avec ce qu’il faisait à l’époque du Soul Swing. Ici, c’est hardcore. D.R.S., qui signe toute les productions du EP nous sert sur les 6 titres (plus 2 interludes et un mini-freestyle de Karim le Roi sur lequel ce dernier fait ses premiers pas en tant que MC) des beats plus brutaux les uns que les autres. Les productions, justement, qui sont peut-être le point le plus négatif du skeud, car répétitives mais sur 6 titres c’est pas trop gênant et elles sont toutes adaptées aux styles de l’époque des 2 MC’s.

Ce qui est frappant après une première écoute c’est la séparation en deux du EP : en effet, les trois premiers titres sont des exercices de styles, et dans les trois autres les rappeurs nous démontrent leurs capacités de story-tellers avec des morceaux très cinématographiques où ils prennent différent rôles. Sur la version K7 la division est d’autant plus flagrante que les trois premiers titres sont sur la face A et les autres sur la B.

C’est sur les exercices de style où la similarité des instrus est la plus flagrante, on a un peu l’impression d’écouter un seul et même morceau. Le flow est hargneux, ça sent l’urgence, dans un délire très « bitume ». « La rage dans le mic », à lui seul le titre décrit excellemment bien les 3 morceaux.

Pour la suite, « Question 2 survie » est le premier morceau où les deux MC’s se créent des personnage et c’est très réussi. Le morceau est très cinématographique, on ferme les yeux et on voit l’histoire se dérouler sous nos yeux. L’histoire est simple, un ouvrier qui vit seul avec ses deux filles (DEF) sert de transporteur de « petits paquets » et on le suit dans sa traversée de Marseille le paquet sous le bras, avec sa peur de se faire serrer, sa peur de laisser ses filles seules, sa tristesse quant à être obligé de faire ça pour survivre (c’est une question de survie quoi). Il passe le paquet à un autre type obligé de faire ça pour survivre (DRS) qui lui n’a personne à charge, n’y de boulot légal, qui zone toutes les nuits, vivant de petits biz en petit biz. On sent ce personnage-là beaucoup plus sûr de lui et la peur des flics s’estompe, et même lorsqu’il voit un barrage de ces derniers il ne stresse pas mais pense « que cherchent-ils ?/Une bombe ou des arabes à coffrer ? » le morceau se termine lorsque Faf « laisse le paquet sur le siège à côté/Un autre pauvre type viendra le réceptionner/C’est illégal, sans risques,/Et j’assure ma survie/De plus le licenciement me guette/Mais j’ai un nouveau job de nuit/C’est ma vie… »

Suit alors « Je peux rien faire », qui est sans doute le moins réussi du lot. C’est l’histoire de deux mafieux foireux qui se sont fait buter pour des histoires de biz dont les esprits restent sur autour de chez eux et qui se rendent peu à peu compte que tous (femme, famille, amis…) se sont bien foutus d’eux et sont bien comptant d’être débarrassé d’eux. DRS surclasse largement DEF pour le coup et c’est ce dernier qui plombe un peu le morceau.

Vient « Karim le Roi », où le danseur de l’époque pose ses premières rimes pour devenir le MC d’aujourd’hui avec un freestyle bien sympathique. Le ton est léger, Karim le Roi est un peu défoncé (d’ailleurs il l’assume) ce qui fait le charme d’un morceau qui est plus un interlude qu’autre chose. « Ouais je suis défoncé frère !/J’ai fini ma dernière bouteille de bière ! »

Vient alors la bombe du skeud qui vient le conclure magistralement : « J bouge avec ma faction » où l’histoire d’une bande zonards qui partagent leur nuits entre shit, alcool, biz et baston, qui n’ont « rien à foutre si ce n’est de foutre la merde sans cesse ». Là encore on a deux regards différents mais parallèles, c’est très cinématographique encore. On a un DRS au top de sa forme qui surclasse encore de la tête et des épaules un DEF pourtant excellent (pour vous dire le niveau). Le beat est plus sauvage et endiablé que jamais, c’est très « kaillera » dans le discours et ça fonctionne parfaitement.

En bref, un skeud (aujourd’hui introuvable) bien sympathique a défaut d’être indispensable. Pour un premier essai, c’est très bon tout de même… Pour ceux qui aiment le rap hardcore, les fans de Def Bond maintenant risquant d’être déstabilisés car on est loin du rap fleurant le R&B et les beats à l’eau de rose.

Note: 13/20

Tracklist :
1 - Fait tourner que je fasse ma thune
2 - La rage dans le mic
3 - L’âme soul
4 - Survie (prélude)
5 - Question 2 survie
6 - Je peux rien faire
7 - Karim le Roi
8 - Faction (prélude)
9 - Je bouge avec ma faction





(p) & (c) Achim Shark 2004
artwork par Mister Djills/photo par Jean Pierre Maero

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