samedi 6 septembre 2008

Faf Larage - Rap stories

Il y a des choses étranges tout de même. Faf Larage est un excellent MC marseillais mais chaque fois que les néons du succès se sont posés sur lui, que ce soit avec Gomez&Dubois ou One Shot, ce n'était certes pas le haut de sa discographie. Des bijoux comme son premier solo "C'est ma cause" ou "Le retour de l'âme soul" à l'époque du Soul Swing n'ont jamais réussi à sortir de l'obscurité du succès d'estime.

Alors sachant cela lorsqu'on voit le clip de "Ta meuf" passer en boucle et le sticker "L'album rap de l'année" (c'est-à-dire une des plus grosses ventes de l'année dans le jargon des maisons de disques) sur "Rap stories" on commence à craindre le retour du diseur de rimes dopées. Heureusement, dès les premières mesures de "La soul dans le sang" on est rassuré, le Hip hop est toujours sa cause. Le morceau est classique dans le fond et la forme, mais ça n'est pas un défaut ! Ca fonctionne parfaitement, la tête commence à balancer de haut en bas, on ferme les yeux attendant avec confiance la suite.

Hélas ! "Millionnaire" crée une falaise au bas de laquelle nos espoirs s'écrasent tristement. Le refrain : "On veut tous être millionnaires" résume les 4 minutes 10. Un thème rabâché 100 fois présenté sans la moindre originalité ni une quelconque profondeur. Pour le coup il semble que l'inspiration de Faf soit aussi vivante qu'un encéphalogramme plat bien que réveillée par électrochoc elle revienne sur certains titres, elle redescend dangereusement souvent voire s'éfondre complètement parfois.

Parcourant le livret j'ai lu "8/ C'est de l'or feat. Taïro". Voilà quelque chose d'alléchant ! Vite, vite, la plage 10 ! Mais... C'est le bon cd ? Mais que ce passe-t-il ? Où est passé le talent de Faf Larage et Taïro ? Visiblement il est parti loin, peut-être dans les DOM-TOM laissant Faf et Taïro en métropôle vu que "c'est pour mes DOM-TOM" dixit Faf. Je crois que l'oncle DOM-TOM méritait mieux que cet échec musical complet. Malheureusement cet immondice (bien qu'étant la pire) n'est pas la seule qui méritait de finir dans la poubelle du studio plutôt que sur l'album. "Le brancheur", pitoyable projection dans la peau d'un tout aussi pitoyable dragueur de discothèque, le genre d'abruti qui risque de finir de se retrouver les testicules tranchées net s'il a le malheur de s'approcher de notre soeur, rentre dans cette triste catégorie.

A part ces deux déchets, quelques morceaux sont assez mauvais mais (heureusement) pas assez pour être remarqués à ce point. On citera "Millionnaire", "Une faveur" ou encore "Ta meuf (la caille)" qui se révèle amusant à la première écoute mais qui commence à lasser dès la deuxième. Le reste de l'album reste agréable à l'écoute bien que "Demande pardon" et les deux "rap story" ne cassent pas des briques non plus.

Comme toujours avec Faf, celui-ci se transforme en conteur sur de nombreux titres. "Prise d'otages" est le plus abouti, décrivant les déboires d'un homme à bout prenant en otage une entreprise où il a été refusé pour délit de faciès. Dans un registre plus comique "Qui on est ?! (le marketing du diable)" se démarque lui aussi, mettant en scène des démons débutants en formation dont l'objectif est de répandre la chaos en France. C'est bien écrit et l'image de l'enfer comme une entreprise dégageant son bénéfice du chaos est assez amusante à mon goût. L'idée des "Rap stories", où l'on entend une personnification du rap français racontant l'histoire de son père le rap US ("Rap story part 1") puis la sienne (part 2) est assez bonne mais le résultat n'est pas très convaincant d'autant que l'image du rap US qui est donnée est des plus cliché, car non, le rap américain, ce n'est pas juste des histoire de gangs, de guns, de filles et de mecs qui se la jouent pimp. Résumer le rap américain au gangsta rap est à mon avis aussi réducteur que de résumer le rap français au rap racailleux.

Choisi pour le générique de la série "Prison break", Faf nous sert les deux titres en question "Pas le temps" et "C'est pas ma faute" aux sonorités rock. Je n'ai jamais vu cette série et je n'ai aucune idée si ces morceaux sont représentatifs de sa qualité mais si c'est le cas il faut courir la regarder car ces deux titres sont vraiment très bon ! L'ambiance rock des guitares saturées passe à merveille et la plume de Faf est afûtée comme jamais. "C'est pas ma faute", projection dans la pensée d'un révolver (un peu à la manière de "I give you power" de Nas) se détache particulièrement.

Tel un bâteau en pleine tempête, nous voilà balottés de haut en bas tout le long de cet LP qui laisse une nostalgie de la croisière magnifique qu'était "C'est ma cause", bien que "Rap stories" se révèle tout de même sympathique à défaut d'être inoubliable. Malgré tout, lorsque le lecteur s'arrête un sourire béat orne mon visage car LA perle de l'album se cache à la plage 14 "On and on" ambiancé par Cut Killer. Véritable hymne au Hip Hop sur une instru funk endiablée, le genre de titre qui fait briller les yeux des amoureux du Hip Hop dans une ambiance très old school sans être vieux jeu.


Note : 11/20

Tracklisting :

01/ La soul dans le sang
02/ Millionnaire
03/ Pas le temps
04/ Ta meuf (la caille)
05/ Rap story (part I)
06/ Demande pardon
07/ C'est pas ma faute
08/ C'est de l'or (feat. Taïro)
09/ Prise d'otages
10/ Une faveur (feat. Piero Battery)
11/Rap story (part II)
12/ Le brancheur
13/ Qui on est ?! (le marketing du diable)
14/ On and on (feat. Cut Killer)





(p) & (c) Achim Shark 2008
artwork par AKA

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