mercredi 26 août 2009

Fayçal « Murmures d'un silence »

Fayçal est un jeune artiste bordelais dont je ne savais rien jusqu'à il y a peu. Je l'ai découvert grâce au rapapodcast qu'a fait Miles, le #02, (comme quoi ça sert !) où apparaissait le titre « Les vestiges de ma vingtaine ». Le titre m'ayant particulièrement plu, tant par le texte que par l'instru, je commençai à farfouiller dans les bacs à la recherche d'un possible album et je trouvai ces « Murmures d'un silence », qui plus est à un prix raisonnable et l'achetai. Je couru chez moi et posai le disque sur ma platine. Une mélodie douce et bien connue s'échappa de mes enceintes accouplée à des textes travaillés et poétiquesqui m'emportèrent alors pour une trentaine de minutes dans un univers mélancolique et apaisant.

Comme le laisse entrevoir la pochette, les « Murmures d'un silence » sont la porte d'entrée du monde de Fayçal, un monde intimiste empreint de mélancolie mais pas vide d'espoir, tout comme les nuages gris laissent filtrer la lumière. Le flow du MC n'est pas très original et rappelle par certains côtés des rappeurs comme Koma (en 98), Amara ou Hugo, néanmoins, il reste agréable et ici, le plus important ne se situe pas là. Il se situe dans une écriture très soignée pour des textes empreints de sincérité, d'humilité et de poésie. Et cette plume est sublimée par des instrus très mélodiques signées par VII sauf « Questions d'amour et d'espoir » signée par 2FCH et VII.

L'album commence donc par « Les vestiges de ma vingtaine » où Fayçal fait un bilan de ses vingt premières années. Parfaite introduction, le titre nous permet d'entrer dans l'univers du MC et ainsi de mieux le comprendre. On découvre quelqu'un de humble et simple sans esbroufe ni attitude, le genre de rappeurs qu'on aimerait entendre plus souvent ! Comme je l'ai déjà dit l'instru est excellente et totalement hypnotisante.

S'ensuit « Impression d'oppression... » où il dépeint par petites touches à la manière d'un peintre impressionniste le mal-être de la société française « Hexagone 2006, il n'y a plus grand-chose d'idyllique : rien qu'une Babylone biblique ». Même si au final on a déjà entendu tout ça, le talent d'écrivain du MC en fait un morceau intéressant. « Bruce » avec Drago et Djé est en fait un hommage à un de leurs amis communs, Bruce qui est décédé. J'avoue que généralement j'ai du mal avec ce genre de titres qui tournent vite en un larmoiement collectif lourdingue et qui par trop d'insistance perd tout sentiment. Mais ici l'écueil est évité, notamment grâce à une très belle instru mélancolique sans être larmoyante (on y revient). Les rappeurs (d'un niveau variable) offrent eux un texte agréable empreint de sentiments vrais.

L'apparition de 2FCH aux côtés de VII pour « Questions d'amour et d'espoir » n'altère en rien la qualité des instrumentaux, ceux-ci faisant un sans faute, pour un titre bien sympathique où la présence de guests permet de changer un peu et de ne pas se lasser du phrasé de Fayçal. « L'introversion », le titre qui suit est, comme vous l'avez deviné, une introspection du jeune bordelais et l'expression « murmures d'un silence »prend tout son sens pour un titre magnifique à découvrir par soi-même.

« Lettres d'un héros », ou la correspondance sur une trentaine d'année entre un immigré algérien en France à sa famille restée au pays retrace en filigrane l'histoire de la famille du MC (enfin surtout celle de son père). Mais au-delà de l'autobiographie beaucoup d'enfants d'immigrés pourront reconnaître le destin de leurs aïeux entre espoirs, déceptions, tristesses et joies. C'est certainement le meilleur titre de l'album, loin d'un quelconque misérabilisme mais proche de la volonté d'honorer un héros, son père.

Suit « Un oeil sur la planète ». Le thème est assez banal, l'état du monde et le pouvoir des médias, le titre n'est pas extraordinaire mais se laisse bien écouter. A noter le texte à l'écriture complexe de Mister Watson bien que personnellement je n'ai pas beaucoup aimé son flow. S'ensuit un titre étrange « Vivants mortels » où le rappeur nous rappelle qu'au-delà des barrières que nous nous dressons entre nous, nous sommes tous des êtres humains voués au même destin : la mort. Fayçal arrive à raconter tout ça sans la moindre once de glauque aidé par une instru légèrement enjouée.

Généralement lorsqu'un titre est composé d'un grand nombre d'invités on a droit à une suite d'égotrips de niveaux variables et n'apportant rien de bien intéressant. Mais Fayçal sait ce qu'il veut pour son album et évite l'écueil avec le « Boulevard des Misérables » où chaque MC nous décrit un personnage de ce boulevard, qu'il soit prostituée, clochard, proxénète, drogué, sans-papier... Le niveau des rappeurs est très inégal mais la cohésion du titre laisse un titre agréable. « Grandeurs et décadences » clôture magistralement l'album dans un puzzle de mots et de pensées nourri de nombreuses références mythologiques, culturelles et historiques.

Au final, Fayçal nous offre un très bon album, aux instrus soignées et à l'écriture profonde. Une unité d'ambiance qu'on peut aussi lui reprocher, par trop calme et trop semblable. « Murmures d'un silence » n'est pas taillé pour faire exploser les boomers de la voiture et encore moins du club mais il est parfait pour les nuits solitaires de l'automne, larme à l'oeil reflétant la pluie derrière la fenêtre embuée.





(p)&(c) Achim Shark 2009

L'expansion impériale a obtenu des résultats certainement inférieurs aux espérances.

1 commentaire: