jeudi 20 août 2009

Jay-Z « The Black album »

Un vrai bon album pour un mauvais faux départ.

Au-delà du mauvais jeu de mot je pourrais résumer ainsi le supposé dernier album de Shawn Carter. Certainement le meilleur coup marketing de l'histoire du rap, cette brève période où Hov voyait tout en noir, les livres (« The black book »), les DVD (« Fade to Black ») et même les téléphones ! Tout de même, quand le meilleur MC mainstream prend sa retraite anticipée ça fait du bruit, du buzz, des produits dérivés et beaucoup de sous !

Nous pouvons nous perdre dans des suppositions et des débats sans fin : Jay-Z voulait-il vraiment partir où n'était-ce qu'un coup marketing de génie de Roc-a-fella pour faire revenir les projecteurs sur Jay après un « Blueprint 2.0 » décevant et inégal ? Nous ne le saurons jamais, revenons donc à la musique, ce qui nous intéresse vraiment.

Au début de la conception de l'album Jay-Z disait vouloir 14 producteurs différents pour 14 titres. Finalement il y en aura 10 pour 12 titres plus 2 interludes produites par Just Blaze. Qui sont donc les heureux élus ? Certains ne sont certes pas une surprise, les producteurs maison du Roc-a-fella, Just Blaze et Kanye West, sont évidemment présents ainsi que quelques pointures, Timbaland qui casse la baraque avec un « Dirt off your shoulder » barré, The Neptunes, au top à l'époque, Rick Rubin, Eminem ou encore 9th Wonder. La présence d'autres étonne un peu plus comme DJ Quik (et son très bon « Justify my thug ») et des producteurs inconnus (du moins pour moi) : The Buchannans et Aqua&Joe « 3H » Weinberger qui réalisent le très bon « My first song ». Les instrus oscillent entre le très bon et l'excellent si on excepte le pas très inspiré « Lucifer » de Kanye West aux accents reggae et le r&b gluant d' « Allure » des Neptunes. Je pense alors à certains noms qui auraient pu être contactés, DJ Premier en tête.

Malgré cette abondance de producteurs et donc d'ambiances, Jay-Z nous livre un album étonnamment homogène et très très agréable à l'écoute. Son flow est toujours impressionnant et lie tout l'album noir du bonhomme. Lyricalement, ça reste du Jay-Z, beaucoup d'égotrip, d'attitude, de street... Ce n'est très profond dirons-nous, malgré tout l'homme perce parfois sous la carapace du MC, sur « December 4th » où sa mère apparaît pour un titre biographique et surtout l'excellent « Moment of clarity » excellemment produit par Eminem. Là, Shawn Carter se livre carrément, parlant de son père absent et de la colère qu'il eut longtemps à son encontre. Il assume aussi ses défauts et qu'il se soit laissé guider par l'industrie musicale sans trop réfléchir à ce qu'il disait pour prendre de l'argent, s'il avait fait autrement « I would lyrically Talib Kwali ». Mais honnêtement en tant que francophone, l'absence de lyrics super-sensés ne me gène pas du tout (et puis il ne dit pas que des conneries non plus, le pauvre).

Sur quelques titre (« What more can I say », « Encore ») le MC explique sa retraite, mais les titres vraiment marquants sont le traumatisant « 99 problems » à l'instru rock bien violente et super kiffante de Rick Rubin, un titre très street où Jay-Z se lâche, notamment sur les flics contant un contrôle ( « Son do you what I'm stopping you for ?/Cause I'm young, I'm Black and my bass is too loud ») ainsi que le merveilleux « « Dirt off your shoulder », un égotrip génial poussé par une instru aux synthés tiraillés à l'extrême dans tous les sens. Le résultat est inimitable et indescriptible mais en rendra fou plus d'un.

Mais les excellents titres ne manquent pas, « My 1st song », « Moment of clarity », un « Justify my thug » relevé ou encore le génial « Threat » qui part d'un thème vu et revu (genre « t'as vu quoi, vous tous rappeurs de mes deux, vous faites genre vous me menacez mais v'là quoi vous faites que dalle ! Jouez pas avec moi, vous ne savez pas ce que vous faites pasque moi j'suis trop vrai ») mais l'instru et le flow sont si bons que ces faiblesses passent à la trappe.

L'album se finit ironiquement par le très bon « My 1st song » où Jay-Z s'essaye à succès un flow plus haché, speed et brutal qu'à l'habitude. On le sait aujourd'hui, ce départ en grande pompe était du flan et n'a fait que préparer un retour en grande pompe aussi. A l'écoute d'albums comme « American gangster » on ne lui en voudra pas ! Mais ce « Black album » reste toujours très bon et un des classiques de la discographie de Hova même s'il reste à mon avis un chouia inférieur au « Blueprint ».





(p)&(c) Achim Shark 2009

Qu'y a-t-il de pire que deux bébés dans un sac poubelle ?
Un bébé dans deux sacs poubelles.

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