mardi 21 juillet 2009

« Les webzines c’est de la merde à part le mien… » Je me suis dit ça…

Quiconque est un lecteur assidu de ce blog (c'est à dire personne) saura mon attachement au génialissime webzine Hip Hop Rapanization et comme je l'ai dit à son propos sur Livre-facial : « Un webzine Hip Hop ? LE webzine Hip Hop ». Longtemps j'ai nié la possibilité d'un autre pourvoyeur convenable de Hip Hop sur la toile du net (pléonasme). J'étais jeune idéaliste et naïf. Et surtout plein de préjugés visiblement.

Mais au cours de mon ennui internetiel (oui, oui, j'invente des mots et en plus ils ont de la classe) j'ai découvert d'autres lieux qui sans égaler l'excellence, l'indépendance et le joyeux bordélisme de Rapa trouvèrent grâce à mes yeux par d'autres qualités qui faisaient de ces sites des compléments intéressants à tout ce que m'apportait le plus merveilleux webzine de tous les temps. Parmi ces sites j'ai découvert il y a peu de temps un très (très) bon site qui est l'abcdr du son. Parce que oui l'abcdr est plein de qualités : une mise à jour régulière, des nouvelles fraîches et intéressantes, une vision large de ce que peut être le Hip Hop, des interviews fouillées et intéressantes, un blog qui mêle habilement sérieux et fun, plein de chroniques parfaites dont je suis extrêmement jaloux et beaucoup d'autres bonnes choses (c'est à explorer vous dis-je).

Pourquoi ce hiatus si (in)intéressant (biffez la mention inutile) se demandent dès lors tous mes fans hystériques perturbés dans tout leur être que j'encense autre chose que le sacro-saint Rapanization ? Tout simplement parce que l'abcdr a lancé il y a peu un sondage de psychopathe pour déterminer les 100 meilleurs morceaux du rap de France et ses dépendances. Ca se passe ici et je ne peux qu'encourager tous les gens du monde entier qui écoutent du rap français de qualité à y participer (je sais je restreins beaucoup après avoir beaucoup ouvert l'appel, disons que c'était un oxymore pour contrebalancer le pléonasme [plaît aux nazes ?] cité plus haut) et puis vu que mon avis compte plus que tout le reste (et puis c'est mon blog quoi, je fais ce que je veux !) je vais donner mon palmarès et les raisons de mon choix.

20 - Ministère ÄMER « Pas venu en touriste » (1994)
Bon d'accord honnêtement je ne sais pas trop pourquoi il est là, même en dernière position, surtout à l'écoute de la bien piètre performance d'Hamed Daye. Mais honnêtement aussi ce titre démonte avec une instru assez originale, un Passi en grande forme (« Le CFA a perdu du poids comme s'il avait le sida » ) et un Stomy complètement fou. Ce titre me fait énormément tripper et depuis que je le connais à chaque fois qu'on me parle d'escalope de veau je pense « Vais-je réussir a manger avec un fourchette et une couteau », quand on me dit « Belle-maman », je pense « Coran » et quand on me dit « Beau-papa » je pense « Ayatollah ». Le tout combiné au fait que je viens pas en touriste et que le Ministère ÄMER mérite la place qu'on ne lui donnera pas, ça explique mon choix.

19 - Booba « Nouvelle école » (2002)
Que dire ? Une instru simple, froide et efficace, un Mala en très grande forme et un Booba meilleur que jamais, des flows maîtrisés, des punchlines déboîtantes (« J'suis déconseillé comme avorter »), beaucoup de plaisir et de frissons à chaque écoute.





18 - Médine « Arabospiritual » (2008)
Meilleur titre du meilleur album de 2008, tout simplement.









17 - La Rumeur « Je connais tes cauchemars » (2002)
Un des meilleurs storytelling du rap français, appuyé par une instru angoissante au possible. Un retournement de situation retournant. « On vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez » disait Jésus, la Rumeur l'illustre.



16 - Assassin « Touche d'espoir » (2000)
Un titre phare de mon adolescence, « Touche d'espoir » est le premier album de rap que j'ai acheté et cette cassette (que j'ai toujours d'ailleurs) a tourné des centaines (voire milliers) de fois dans mes walkmans. Ce titre particulièrement, porté par une très belle instru, un flow très poussé, suintant l'amour du Hip Hop sans être lourd (comme l'est souvent Rockin' Squat sur ce thème). Malgré presque 10 années d'écoutes assez intensives (surtout les premières) mes entrailles vibrent profondément à chaque BPM. SSGD adorait ce titre lui aussi et n'a jamais écouté l'album en entier je crois, il rembobinait toujours pour en revenir à « De Paname city, la ville où je suis né, j'ai contemplé les hivers, j'ai contemplé les étés, c'est là où je suis aimé, c'est là où je suis détesté, c'est la où on enchaîne tous des droites-gauches crochets... ». Qui plus est, moi qui ai tendance à détester les clips d'Assassin, je trouve celui-là excellent, un grand chapeau très bas à Jan Kounen pour cela.



15 - Suprême NTM « Paris sous les bombes » (1995)
Ce n'est même pas mon titre préféré du Suprême (« Pose ton gun ») mais une fois n'est pas coutume, j'essaierai un minimum d'être objectif dans cette sélection. « Paris sous les bombes » est un coup de maître des deux roublards du 93. L'instru concoctée par Papalu est excellente et le flow des MC's nous plonge au milieu d'une virée nocturne pleine de défonçage de trains pour l'honneur du crew et que son nom s'étale en lettres d'or sur les murs de la capitale. Un modèle pour la fusion du son, du flow et de l'ambiance.

14 - IAM « Demain c'est loin » (1997)
Titre légendaire à plus d'un titre « Demain c'est loin » est autant une performance lyricale que rapologique. 9 minutes d'immersion brutale dans la France d'en bas. Comme souvent Shurik'N dépasse largement (bien que discrètement) Akhenaton qui pourtant est excellent. A noter, la bonne suite donnée en 2006 « La fin de leur monde », bien qu'inférieure, elle reste agréable.




13 - Puzzle « L'homme moderne » (2006)
Ce que « Demain c'est loin » est à la rue, « L'homme moderne » (magnifiquement suivi par « L'homme postmoderne » en 2009) l'est pour l'homme perdu dans notre société consumériste et folle. La première fois que je l'ai écouté c'était en découvrant l'album « Viens m'chercher » du Puzzle donc. J'étais en voiture à Toulouse, la fenêtre ouverte, le coude sorti et le son fort. Lorsque Ben dit « J'pousse le son à fond, baisse ma vitre, persuadé d'avoir bon gout et que tout le monde aime ma musique » je me suis senti « l'homme voiture, auto toutes options, l'air conditionné, l'airbag et même l'air con ». Tout le monde se sentira concerné par ce titre, au moins sur une phase. « Rester soi-même c'est important il paraît, mais comment rester soi-même quand on sait pas qui on est ? Je fuis l'amour, je fuis les conflits, j'ai si peur de frôler la mort que je ne fais que frôler la vie ! »

12 - Suprême NTM « J'appuie sur la gâchette » (1993)
La naissance d'un style froid et oppressant dont le rap français ne se remettra pas pour être accompli plus tard par Lunatic et d'autres. L'instru de DJ S est juste parfaite, les rappeurs parfaitement dans l'ambiance et les frissons dans l'échine ! C'est par l'album « 1993...J'appuie sur la gâchette » que je suis tombé amoureux du rap et du Hip Hop en général et ce titre n'y est pas étranger. Je me souviens encore le petit Achim Shark plongé dans les couvertures de son lit, dans sa chambre sans fenêtre, à une main le walkman piqué à son frère, dans l'autre la pochette de la cassette piquée à ce même frère, aux oreilles quelque chose d'incroyable, nouveau et incompréhensible et dans les yeux des étoiles. Le suicide est un thème assez peu exploité, surtout sous cet angle, bien qu'il y a evidemment Biggie, Fuzati et d'autres, mais contrairement à ceux-là le story-telling permet un éloignement du sujet et au lieu d'y voir le mal-être d'un rappeur, on y voit les rouages et les mécanismes qui peuvent amener un homme à l'extrême. Joey Starr est incroyable, Kool Shen époustouflant, DJ S parfait : le trio gagnant. Les clips d'NTM sont tous très bons mais celui-ci (chapeau encore plus grand et encore plus bas à Seb Janiak) est extraordinaire.


11 - Fabe « Comme un rat dans le coin » (1998)
Encore une des première choses que j'ai écouté, SSGD m'avait prêté la cassette de « Détournement de son », un album bourré de titres phares : « Correspondance », « Code noir », « L'impertinent » et bien d'autres. Le jour où je devais rendre la cassette je l'écoute le matin en prenant ma douche et l'antique poste de mes parents me la bouffe. Je l'ai réparé à l'arrache (totale) avec du scotch en mettant la bande du mauvais côté et tout. SSGD ne la voulant plus dans cet état (je le comprends) je la lui achetai pour 50 francs (d'ailleurs plus tard je lui achetai toutes ces cassettes dont le premier Afro Jazz et D.Abuz). Finalement je fîs une super affaire puisque la cassette en question m'a totalement lâchée le mois dernier seulement. « Comme un rat dans le coin » est la preuve s'il le fallait encore que Fabe est le meilleur lyriciste du rap français. Un texte vrai, profond et touchant.

10 - Puzzle « Viens m'chercher » (2006)
Morceau-titre du second album du Puzzle. L'expression parfaite du mal-être, à écouter, tout simplement.







09 - Busta Flex « Majeur » (1998)
Busta Flex ne s'est jamais proclamé être un MC conscient, il préfère les freestyles de dingues, l'egotrip et ne s'en est jamais caché. Mais lorsqu'il devient sérieux sur des thèmes plus introspectifs, sa sincérité et son humilité transforme ces morceaux-là en or massif. « Majeur » en est le meilleur exemple pour une adéquation parfaite entre le flow, le texte et l'émotion (je pourrais dire ça de la plupart des titres cités ici d'ailleurs).

08 - Akhenaton « Je combats avec mes démons » (1995)
Géniale outro du classique « Météque et mat », c'est certainement la plus mésestimée des nombreuses tueries que compte ce disque excellent, et pourtant à mon avis (qui n'est pas humble, sinon je ne l'étalerai pas à longueur de pages) c'est le meilleur morceau d'Akhenaton, et d'assez loin. On y trouve l'essence même de ses qualités : de l'introspection, du sentiment, du flow, des références mystiques, des références urbaines et une instru superbe. A chaque écoute la finesse de la plume d'AKH se révèle plus encore, je kiffe !

07 - Kéry James « 28 décembre 1977 » (2001)
Avec « Si c'était à refaire » beaucoup ont espéré un changement du rap vers une maturité et une profondeur encore jamais atteinte. Finalement, malgré cette oeuvre magnifique empreinte de spiritualité, d'intelligence et de talent le rap (dans sa globalité) n'a cessé de s'infantiliser. Dommage, comme la suite de la carrière d'Alix Mathurin. Mais le monument reste et ce « 28 décembre 1977 » est la plus belle autobiographie musicale qu'il m'est été donné d'entendre, du coup on excusera toujours tout à Kéry James, même « Ma vérité », « Paro » ou « Thug love ».

06 - Sept&Lartizan « Memento mori » (2008) Je disais plus haut que l'album de Médine était le meilleur album de 2008. En réalité c'est ce que je pensais le 31 décembre 2008 après une semaine d'écoute du « Jeu du pendu » de Sept&Lartizan, celui-ci étant placé en second de mon top 5. Aujourd'hui, après quelques mois et beaucoup d'écoutes dudit album, je me dois d'inverser, car oui, « Le jeu du pendu » est LE album de 2008. Le titre « Memento mori » m'a accroché dès la première écoute grâce à l'instru plus qu'excellente de Lartizan avec cette boucle d'orgue (?) magnifique. Le phrasé de Sept s'adapte parfaitement à ce qu'il dit, on se sent prit dans la bagarre. J'ai remarqué la complexité de l'écriture plus tard, preuve qu'elle ne gène en aucun cas la compréhension et l'accessibilité du titre. Une réussite sur toute la ligne !

05 - Rocé « Besoin d'oxygène » (2006)
Rocé est un rappeur aux textes profonds et intelligents, « un des seuls rappeurs à parler comme un trentenaire » comme il l'a dit récemment et le prouve plus que jamais ici, mais ce qui me plait particulièrement chez « Besoin d'oxygène » c'est le phrasé en crescendo du MC, une performance qui doit le laisser mort asphyxié en concert !




04 - La Caution « Poltergheist » (2005)
Qu'on aime ou pas on ne peut que s'incliner devant cette magnificence musicale. J'avoue ne pas très bien comprendre la finalité des paroles mais l'ambiance créée par l'instru planante, les flows en adéquation des MC's et la poésie des lyrics font de ce titre un de mes classiques, une pommade pour l'oreille avec un peu de piquant pour garder le plaisir.




03 - Oxmo Puccino « J'ai mal au mic » (2001)
Oxmo c'est un monument du Hip Hop mais -j'ai honte de le dire- quand je l'ai découvert (avec « Mama Lova » sur « Sad Hill ») je n'aimais pas. Pourtant tout le monde semblait si unanime sur les qualités d'Oxmo que j'ai douté de mes goûts. Aidé par quelques titres où son style m'accrochait plus je me risquai à acheter « L'amour est mort » (aidé par le fait qu'il fut plus qu'encensé sur Rapa). J'écoutai distraitement et appréciai sans plus puis je le réécoutai un soir et le disque tourna toute la nuit. Maintenant j'ai compris la puissance d'Ox et j'ai réparé les horribles manquements de ma discothèque. Je ne sais pas quoi dire à propos de « J'ai mal au mic », il est juste parfait, plein de sentiment et de justesse. je n'arrive pas à m'en lasser et si un titre m'aide quand je déprime c'est bien celui-là.

02 - Cinquième Kolonne « Identité » (2003)
L'énergie et l'amour du Hip Hop résumé en un titre. Depuis longtemps le rap est ce qui me permet d'affronter la vie avec le sourire et tout cela est résumé parfaitement ici. Les scratches sont géniaux, le cut « I'm telling who the fuck I am » fracasse, le beat défonce, le flow pimpant, les lyrics précis. Rien à dire à part bravo. Et merci. « Même si la masse n'y voit qu'inertie, je remercie ce qui a fait de moi ce que je suis : un MC [...] Une fois de plus c'est le Hip Hop que je personnifie, mais ça ne reste qu'une voix de plus qui squatte ta chaîne hi-fi. Une philosophie, peintre urbain, danseur toupie, fuck les groupies, personne ne volera mon utopie [...] J'suis juste ce type musique dans les oreilles au fond du bus [...] Quatre disciplines la compose, j'en suis qu'un maillon, un connard moyen alarmant le peuple sur son larmoyant. C'est juste ma profession de foi, définition stricte, sens de la métrique, poésie triste et self-maîtrise. » Tout ce que le Hip Hop a pu m'apporter est résumé en moins de 4 minutes. Un gros gros big-up à Phonky Honky de m'avoir fait tourner « Derrière nos feuilles blanches », un des meilleurs albums de l'histoire du rap français.

01 - James Delleck « 15 ans » (2007)
Le meilleur titre de rap français. Pourquoi cela ? Nous avons ici la seule chanson qui m'ai donné les larmes aux yeux à son écoute. A écouter absolument.







Voilà donc mon top 20 du rap français. Du moins mon top 20 d'aujourd'hui, si je le refaisait le mois prochain il y aurait certainement beaucoup de changements, mais ces 20 titres ont (eu) un impact très important pour moi. Le Hip Hop est loin d'être mort, il est juste maltraité et moqué par les investisseurs financiers. Il ne mourra pas tant qu'une seule personne croira en lui et lui apportera ne serait-ce qu'un caillou, de n'importe quelle manière. J'aime le Hip Hop, j'aime le rap, eux deux m'ont apporté énormément dans ma vie (je sais c'est cliché, mais qui lira ça de toutes manières ?) et m'ont aidé à rester debout quand je ne souhaitais que chuter du haut de la falaise de ma médiocrité.

Et histoire de finir honnêtement, l'ABCDR du son est le meilleur webzine Hip Hop francophone, mais Rapa reste le plus kifant.


"le hip-hop c'est trop mon pote mais mes parents disent que c'est juste un ami imaginaire"


(p)&(c) Achim Shark 2009
image tirée de Kreepy Kat par Alan Karr
Pour télécharger l'ensemble des titres cliquez ici


GRAND CONCOURS !

D'éminents spécialistes remarqueront un certain relâchement de mon langage extraordinairement chatié pour le titre de cet article. Il s'agit en réalité d'une paraphrase d'un rappeur français que j'apprécie. Je propose donc un concours extraordinairement original et attrayant : le premier à trouver de qui il s'agit recevra gratuitement un tee-shirt "Achim Shark", "Rapanization" ou "I miss real Hip Hop", au choix. Tous les détails dans le premier commentaire de l'article.