vendredi 25 décembre 2009

Un conte de Noël

Mené par ses vagabondages, le promeneur parisien sortant du métropolitain à la station Saint Plon pourra retrouver ses pieds dans la rue Joseph Dijon. Arrivé au numéro 20 il remarquera un léger passage entre deux bâtiments passablement délabrés. Là, il y a maintenant près de deux siècles se trouvait une petite impasse sombre et désolée où l’on trouvait plus de voleurs et de prostituées que de flâneurs, à moins qu’il ne soit égaré à ses risques et périls. Au fond de cette ruelle, l’impasse Chagny, du nom du fameux vicomte, se dressait un immeuble construit en 1786 qui fut détruit en 1862 par un incendie. Les propriétaires en étaient une famille bourgeoise d’Auteuil, les Firmin. Richard Firmin avait fait une confortable fortune dans le trafic du bois dans les années 1770 et désirait assurer le futur de sa famille par un bien immobilier. C’est ainsi qu’il fit construire l’immeuble de l’impasse Chagny. Mais ses fils n’avaient que faire de ce bien situé dans un quartier des plus malfamés et avaient laissé l’immeuble tomber en déliquescence avant de brûler pour ne plus jamais être rebâti.

Au sommet de cet immeuble se trouvait une chambre en mansarde d’une dizaine de mètres carrés particulièrement délabrée dont l’insalubrité en faisait un lieu d’habitation parfaite pour tous types de germes plus que pour des êtres humains. En 1831 néanmoins, un couple y habitait répondant aux noms de Marius et Cosette. Marius était surtout connu par tous comme « Le boiteux ». En effet, lorsque jeune il avait commencé à s’employer comme ouvrier il trouva un emploi chez un tisserand mais un jour son pied se coinça dans une des machineries ce qui le rendit boiteux et impropre à bon nombre de travaux. C’est à peu près tout ce que j’ai pu apprendre à son sujet, nul ne savait vraiment d’où il venait ni depuis combien de temps il habitait l’impasse Chagny avec son épouse Cosette. Tous deux vivaient chichement et devaient souvent se contenter d’un quignon de pain noir pour quelques jours. Mais cela leur était égal car chacun pouvait vivre dans les yeux de l’autre, lorsqu’ils se retrouvaient, les mots leurs étaient inutiles. Lorsque la nourriture venait à manquer, il s’enveloppait des long cheveux de jais de sa bien aimée et jouait d’une flûte qu’il –paraît-il– tenait d’un oncle provincial. La musique qui s’échappait alors portait en lui tous les sentiments qu’ils avaient l’un envers l’autre et emplissait leur âme –à défaut de leur estomac- de plénitude et de bonheur.

Le temps passait ainsi durant cette année 1831 et, comme le veut la nature, les saisons se suivirent et vint l’hiver et son froid manteau avec dans ses valises Noël et ses fêtes. La vie dans la mansarde devint plus difficile avec ce froid mordant. Jour après jour le Boiteux maigrissait et cachait comme il pouvait les toux qui le secouaient mais Cosette lisait comme dans un livre ouvert sur ses traits émaciés et se souciaient chaque jour plus de la santé de son amant. Lorsqu’il fut le 24 décembre, elle sortit de chez elle, décidée à trouver quelque chose à offrir à son mari pour célébrer ce jour spécial et marquer encore son amour pour lui. Elle déambula dans les ruelles alentour auprès des chalands mais à chaque échoppe venait le même constat : elle n’avait aucun argent pour acheter quoi que ce soit. Tandis qu’elle cherchait ainsi elle s’approcha de la boutique d’un coiffeur qui guettait des clients. Lorsque celui-ci la vit il fut subjugué par la magnifique crinière brune, son unique coquetterie. Flattée, elle le remercia et le coiffeur en profita pour lui proposer de les lui acheter pour deux francs. Choquée par la proposition elle s’enfuit mais bientôt elle revint sur ses pas, prête à ce sacrifice pour celui qu’elle aimait. Elle entra dans la boutique et en ressortit avec deux francs.

Marius, de son côté, avait le même désir et le même problème, il espérait qu’en offrant quelque chose à son épouse elle s’inquiéterait un peu moins pour sa santé. En effet il savait bien qu’elle ne dormait quasiment pas pour veiller sur son sommeil. Ses pas le menèrent devant la boutique d’un usurier. Il n’avait rien à vendre il le savait, sa seule possession était sa flûte auquel il tenait comme à la prunelle de ses yeux. Il resta un long moment planté devant la boutique à tenir sa flûte dans la main, en proie à un tourment quant à savoir quoi faire. Brusquement il serra sa flûte dans sa main et entra dans le bâtiment dont il ressortit quelques instants plus tard avec quelques piécettes dans son poing.

Lorsque le soir vint, il retourna à l’impasse Chagny et retrouva Cosette dans leur petite chambre mansardée. Dans l’obscurité il ne remarqua pas le crâne rasé de son épouse et ils firent leur repas de fête composé d’un quignon de pain noir, puis brisant le silence, il lui annonça que pour ce jour spécial il avait une surprise pour elle. Étonnée par cette remarque elle lui répliqua que c’était également son cas. Ils se présentèrent alors mutuellement le prix de leur prix du sacrifice de leurs biens les plus précieux. Cosette tendit un étui de cuir pour flûte à son bien aimé tandis que Marius présenta un peigne d’apparat à son épouse.

Des cadeaux futiles sont-ils réellement utiles si l’amour est là ?

C’est d’autant plus dommage que Marius le Boiteux mourut de la diphtérie le mois suivant. Sans ressources, Cosette dut se résoudre à vendre ses dents puis, poursuivant dans sa déchéance elle devint une prostituée. Et comme il y a toujours eu des milliers de Fantine et très peu de Jean Valjean elle vécut ainsi jusqu’à mourir de la syphilis.




(p)&(c) Achim Shark 2009
tiré du récit que l'on m'a fait d'un dessin animé de Mickey&Minnie adapté d'un conte que je n'ai pas ou en d'autres terme, c'est la réécriture de quelque chose que je n'ai jamais lu. Mais sûrement très bien, hein.
dessin tiré de Red Meat par Max Cannon


Solution

lundi 21 décembre 2009

Rapapodcast #25

Les rapapodcasts sont des playlists (principalement rap) visant à faire découvrir des nouveaux artistes ainsi que des titres phares du Hip Hop. Elles sont présentées à titre gratuit dans un but promotionnel sur le site www.rapanization.com. Je mettrai sur mon blog les rapapodcasts que je réaliserai moi-même. Si vous disposez des droits d'un morceau ou êtes un représentant des ayant droit et que vous souhaitez la disparition d'un morceau, écrivez-moi à achim_shark[at]hotmail.fr.


C'est la fin de l'année, 2009 c'était une année pas terrible, dans un sens comme dans l'autre, et tout le monde fait des top de ci, de ça, c'est la période quoi. Alors moi, follement original comme toujours, j'en fais aussi, ici, maintenant, un peu à l'arrache, un peu réfléchi, à la régulière. Et puis que des tops 5, les vrais savent.

Top 5 albums rap fr :

1 - Grain 2 Caf "Thomas Traoré" parce qu'il est toujours bien sapé. Les vrais savent.
2 - La Canaille "Une goutte de miel dans un litre de plomb" parce qu'ils sont anarcho-communistes. Les vrais savent.
3 - Le Vrai Ben "Suicide commercial" parce que. Les vrais savent.
4 - Fred Yaddaden "The shadow of a rose" parce qu'il sample "Little Women". Les vrais savent.
5 - Fayçal "Secrets de l'oubli" parce que je voyais pas trop qui mettre en n°5. Les vrais savent.

Top 5 titres rap fr :

1 - Grain 2 Caf - Négronomie
2 - Tekitek - Agent Orange
3 - Le Vrai Ben - Minivan
4 - Booba - Double poney
5 - Taipan feat Soklak - Je commence demain

Non, je ne justifierai pas mes choix. Les vrais savent.

Top 5 rapapodcasts : (sans vraiment d'ordre)

Rapapodcast #07 by Phonky Honky Sam est mort une pelle à la main. Les vrais savent.
Rapapodcast #13 by Phonky Honky Doux et beau. Les vrais savent.
Rapapodcast #24 by Phonky Honky Dur et beau. Les vrais savent.
Rapapodcast #23 by Achim Shark Auto-masturbation. Les vrais savent
Rapapodcast #18 by Phonky Honky Hors limites. Les vrais savent.

Top 5 rapapodcasts de parmi les miens :

1 - Rapapodcast #23 *identité en crescendo* Les vrais savent.
2 - Rapapodcast #21 *G-funk re-education* Les vrais savent.
3 - Rapapodcast #17 *tout est rien* Les vrais savent.
4 - Rapapodcast #25 *monoxyde de carbone* Les vrais savent.
5 - Rapapodcast #08 *arrêt cardiaque* Les vrais savent.

Top 5 de mes articles histoire de s'auto congratuler grassement : (sans vraiment d'ordre)

* Ca m'inquiète moins que les strings pour homme. Parce que la burqa c'est sexy. Les vrais savent.
* "Les webzines c'est de la merde à part le mien..." Je me suis dit ça. Parce que j'avais tort. Les vrais savent.
* Rapapodcast #23 Parce que le communisme contre-attaque pas. Les vrais savent.
* Valse nocturne. Parce que draguer avec un poème qui parle de viol, c'est la vraie swag. Surtout quand ça marche. Les vrais savent.
* Bouteille échouée. Parce qu'illisible. Les vrais savent.

Top 5 des films vus en 2009 :

1 - Metropolis
2 - A clockwork orange
3 - Dirty Harry
4 - The Bourne Supremacy
5 - Bridges over Madison County

Top 5 des bonnes résolution pour 2010 :

1 - Revendre tous mes disques et laisser le rap pourrir et mourir dans son jus.
2 - Penser à mon avenir et travailler en conséquence.
3 - Trouver une femme.
4 - Laisser tomber mes rêves débiles.
5 - Fermer ce blog stupide.

Les vrais savent tout ça.

En attendant tous ces événements déterminents pour l'avenir du monde, un nouveau rapapodcast avec des gens qui rêvent suicide sans besoin de personne, un pied dans ce monde plein de barrières pour faire de la vraie négronomie avec des noms sans particule difficiles à articuler. Je suis pas mort, juste pas là, pas là...

Rapapodcast #25 :

01 - KRS One - Step into a world (1997)
02 - Dr Mahbool feat. Sept, Iris - Les barrières (2009)
03 - Grain 2 Caf - Négronomie (2009)
04 - Taipan - Tu rêves (2009)
05 - Tombokarnage, Pimpsi, Mario Rui Silva, Slap - Besoin de personne (2009)
06 - The Notorious B.I.G. - Suicidal thoughts (1994)
07 - Cumshot Deluxe - Pas là (2006)


rapapodcast #25.mp3

durée : 28mn 00s




(p)&(c) Achim Shark 2009
dessin tiré des Céréales du dimanche matin par Zack Weiner


vendredi 18 décembre 2009

Blaq Poet « Tha Blaqprint »

« Ain’t nothing changed except the weather »

Parfois je me dis qu’il serait intéressant d’étudier le lien entre le climat et la musique de l’endroit. En effet, lorsque « The Chronic » , « Regulate » ou même « Eazy-duz-it » se pose sur une platine, le soleil californien s’échappe des sillons du disque et lorsque « Tha Blaqprint » du new-yorkais Blaq Poet parvient à nos oreilles la chaleur lourde et moite des rues du Queens Bridge s’insinue elle aussi dans la pièce, le ciel devient menaçant, l’orage n’est plus très loin, on le sent gronder, se confondant avec le ronflement de la guitare électrique du « I-gitttin » ouvrant l’opus. L’air devient rare, l’atmosphère lourde, une goutte de sueur glisse le long du dos. Le seul espoir maintenant est que le ciel se déchire, que la pluie tombe, arrose le bitume chaud et que son odeur nous enivre. Mais cela arrivera-t-il ?

« Millionaires rappers still envy me, they wish they are mini-me, I’m sick on any beat ! »

Blaq Poet est loin d’être un nouveau venu dans le monde rapologique de la grande pomme, le natif du Queens fit parler de lui dès 1986 lorsqu’il fut le seul à oser répondre au « The Bridge is over » , violente attaque contre les rappeurs du Queens proclamant la supériorité du Bronx par l’intouchable (à l’époque) KRS One. Artisan de l’underground, le poète fonda le groupe Screw Ballz, avec trois albums du crew à la clef. En 2006, il se lance en solo avec un premier album « Déjà screw » chez 45 Scientific (ceux-là mêmes qui survivent grâce à leurs rééditions du « Mauvais oeil » des Lunatic). Malheureusement, ledit album passa totalement inaperçu. Quatre ans plus tard, Blaq Poet revient plus remonté que jamais sur un nouveau label Year round, fondé par DJ Premier, rien que ça.

DJ Premier, producteur légendaire s’il en est, est donc aux manettes, à l’exception de « U phucc’d up » produit par Easy Mo Bee et « Sichuwayshunz » produit par Gemcrates. La quasi-omniprésence de Premier est un signe de qualité certain, lorsque l’on se rappelle le nombre impressionnant d’albums labellisés « classiques » dont il fut concepteur sonore, et cette réputation ne trompe pas. On a donc droit a des instrus de haut niveau avec les excellents « I-gitttin » et son instru rock, « Ain’t nuttin changed », « Hood crazy », « Voices » ou encore « Never goodbye » pour les plus marquantes. Des fat beats, des scratches, des beaux samples, que demander de plus ? Le niveau est donc très haut mais tout n’est pas pour autant parfait, particulièrement avec les faibles « What’s the deal ? » (qui sonne comme une mauvaise resucée du « Mass Appeal » de Gang Starr) et « Legendary ». L’inconnu (du moins pour moi) Gemcrates nous offre une des meilleures instrus avec l’excellent « Sichuwayshunz ». Parallèlement Easy Mo Bee s’en tire mais sans plus avec une production à la limite entre minimalisme et simplisme avec « U phucc’d up » (déjà présent sur Rewind déjà Screw). KL, feu membre du feu groupe Screw Ballz y est ressuscité et le niveau des MC’s relève largement le niveau.

Par contre les autres invités du micro déçoivent amèrement, alors qu’ils auraient pu offrir une alternative agréable au flow de Blaq Poet et de sa voix cassée parfois lassante. Seul N.O.R.E. se montre au niveau de son hôte pour le très bon « Hate » aux cuts efficaces alors que même la moitié des MOP Lil Fame déçoit sur « Rap addiction ».

« The hood is crazy, straight like that, got the cops running around with yellow tapes like rats »

Ecouter Blaq Poet, c’est écouter les certitudes, les doutes, la vie et la violence du ghetto, ce que DJ Premier réussit parfaitement à retranscrire musicalement. Les beats sont lourds et oppressants, les samples omniprésents, réaffirmant la signature musicale de l’underground new yorkais. On a donc droit à pas mal de claviers, de samples souls sombres et de scratches (ce qui se fait de plus en plus rare, autant en profiter). Néanmoins, malgré cette ambiance surplombant tout l’album Primo ne lasse pas, variant habilement ses influences, donnant un rendu toujours brut et rue, jamais redondant. Il s’offre même le luxe d’une fausse instru club avec « Stretch marks and cigarette burns », réussissant également le tour de force d’introduire parfaitement l’ambiance de l’album avec « I-gitttin » alors que musicalement, c’est à des encablures du reste de l’album.

Si les instrus emmènent la chaleur moite des rues new yorkaises, le flow du MC a dans ses valises l’orage et la lourdeur du Queens estival, sans espoir ni oxygène. Blaq Poet vient du gouffre et cela se ressent jusque dans son flow et sa diction, à chaque rime, il mord l’instru et ne lâche prise que lorsqu’il atteint l’os. Ce style a priori monolithique pourrait être la grande faiblesse de l’album, heureusement Black Po’, tout en gardant un phrasé d’écorché-vif arrive à faire évoluer son flow avec différentes ambiances, tour-à-tour pêchu (« Ain’t nuttin changed »), lent (« Never goodbye »), torturé (« Voices ») ou posé (« Sichuwayshunz »), le Poet assure.

La dureté des rues de QB (« S.O.S. », « Same Old Shit ») est présente dans tous les recoins de l’album, ambiance oppressante prenant aux tripes, tant par les instrus, le flow et bien sûr les textes. Malgré un côté street credibility (« A real gangster is good in any hood/A real goon coming soon to your hood »), Blaq Poet se refuse d’offrir la vision glamour du ghetto qu’aiment à donner beaucoup de gangsta rappeurs, il nous présente la réalité du ghetto dans sa brutalité, sa dureté et ses aberrations « ‘Can’t Stop Won’t Stop’, that’s a movie pricks/This is life in the hood, no movie shit ». Mais parler de la rue n’est qu’une des manières pour Blaq Po de parler de lui, avec pudeur mais sincérité, nous dévoilant une personnalité complexe avec toutes les contradictions d’un homme. Ainsi il nous offre des ghettos anthems comme « Let the guns blow », « Ain’t nuttin changed » ou « Don’t give a fuccc » mais dans le même temps dans « Hood crazy » il tente d’éloigner un jeune du bizness (« ‘You want to be gangster and get what gangsters get ? Look in a mirror nigger : you’re not 50 Cent. Don’t be a fool, stay in school, don’t took drugs’. Little nigger lookin’ at me like ‘You Po’ ? How can you tell me what to do ? I learnt this shit at lookin’ at the window at you !’ I say ‘Ahh’ at that moment my heart turn black, look him in the eyes and tell him ‘You can’t turn back. You’re now MTM : Married To the Mob, at any time in the street, no Money To your Mom. Don’t be a baby and remember whan I told you the hood was fuckin’ crazy. »

« Beside that, Blaq Poet, a lovely guy. »

Malgré son nom, le new yorkais est loin d’être a meilleure plume de sa génération et malgré quelques phases bien trouvées la lassitude commence à venir au bout des 6 premiers titres d’entendre à chaque rime « hood », « nigger », « New York », « bitch » et consorts. Mais, un peu comme pour le Rat Luciano, sa sincérité vient sauver les manquements de sa plume. Pas besoin de rimes multi syllabiques à chaque vers, de punchline à chaque mesure pour toucher, l’instru, le flow, la sincérité font du bon boulot. Souvent ses couplets ne sont que le récit de petites anecdotes qui sous ses mots simples deviennent vivantes (comme sur « Hood crazy » au-dessus, vous vous rappelez ?). Il en profite pleinement sur le superbe exercice de style « Sichuwayshunz », où il s’insinue dans l’esprit de trois personnes (un voleur, un truand et un clochard). Ces trois tentent de sortir de leur état mais la rue les rattrape. Un titre juste « I’m mentally unfit, but who gives a shit ? Not the government, not the president. The only time people care, it’s on the holyday. Leave me alone and just let me go my way. And be happy that you ain’t me. Some people are scared, some other hate me. »

Résumer Black Poet à la description de la ghetto life serait très réducteur, il en est un reflet car il en est issu mais ses thèmes ne s’y arrêtent pas nécessairement. C’est aussi un amoureux passionné du Hip Hop et du rap depuis plus de 20 ans, et son amour de la musique se ressent souvent, sur le plaisir évident à kicker le beat sur « Hate », son couplet sur « Rap addiction » (le titre parle de lui-même) ou sur l’étrange hommage aux MC’s trépassés sur le génial « Voices ». Sur ce titre, alcoolisé un peu trop (comme souvent) il entend les voix des MC’s qui l’ont précédé, connus ou inconnus.

L’orage gronde depuis une heure, lorsqu’un léger filet de vent passe entre les tours des projects du Queens. Il ne chassera pas les nuages, mais il permet de souffler un peu et espérer que les nuages crèveront et qu’une rafraichissante pluie tombera. Cette brise c’est « Never goodbye » qui clôture l’album sur un vibrant hommage à son ami KL, décédé il y a peu, le beat devient lent, pesant mais pas étouffant, la mélodie douce, le flow posé, l’émotion palpable, la réussite complète. Le disque s’arrête. Une goutte sur la main. La pluie ? Non, l’orage revient : on a de nouveau appuyé sur ‘play’.




(p)&(c) Achim Shark 2009
Blaq Poet
DJ Premier
Year Round records


jeudi 17 décembre 2009

« Plus tu t'endors sous tes miroirs et tes photos, plus t'es dérisoire, plus tu nous les pètes »

« Même à cette heure-là, Ernie’s était encore plein à craquer. Principalement des ploucs des collèges et des ploucs de l’Université. Presque tous les bon Dieu de collèges du monde entier commencent les vacances de Noël plus tôt que ceux où je vais, moi. C’était tellement comble qu’il fallait drôlement se magner rien que pour mettre son manteau au vestiaire. Mais ça faisait assez tranquille parce que Ernie était en train de jouer. Quand il s’asseyait au piano, c’était comme si on assistait à quelque chose de sacré. Personne est bon à ce point-là. Avec moi il y avait trois couples qui attendaient qu’on leur donne une table et qui poussaient et se dressaient sur la pointe des pieds pour mieux regarder le gars Ernie à son piano. On avait dirigé vers lui un grand projecteur, et placé devant le piano un énorme miroir, comme ça tout le monde pouvait voir sa figure pendant qu’il jouait. On pouvait pas voir ses mains, juste sa vieille grosse figure. La belle affaire. Je suis pas sûr du titre de cette chanson qu’il jouait mais en tous cas il l’esquintait vachement avec des trilles à la manque dans les notes hautes et un tas d’autres astuces que je trouvais très emmerdantes. Mais après la dernière note vous auriez entendu la foule ! De quoi vomir. Déchaînés, les mecs. C’était exactement les mêmes crétins qui se fendent la pipe au cinéma pour des trucs chiants. Je vous jure, si j’étais un pianiste ou un acteur ou quoi et que tous ces abrutis me trouvent du tonnerre j’en serais malade. Je pourrais même pas supporter qu’ils m’applaudissent. Les gens applaudissent quand il faut pas. Si j’étais pianiste je jouerais enfermé dans un placard. Bref. Quand il a eu terminé, que tout le monde applaudissait à tour de bras, Ernie a pivoté sur son tabouret et il s’est fendu d’un très modeste petit salut bidon. Comme s’il était un type vachement modeste en plus d’être un pianiste du tonnerre. Ca faisait vraiment charlot, vu qu’il est tellement snob. Le plus bizarre, quand il a eu terminé, c’est que moi j’ai eu envie de le plaindre. Je crois qu’il sait même plus distinguer quand il joue bien ou mal. C’est pas totalement sa faute. C’est à cause de ces abrutis qui applaudissent à tour de bras. Si on les laissait faire, ils embrouilleraient n’importe qui. En tout cas ça m’a encore foutu le bourdon et j’ai été à deux doigts de reprendre mon manteau et de rentrer à l’hôtel. Mais il était trop tôt, et je tenais pas à me retrouver seul. »
- J.D. Salinger, extrait de « L’attrape-coeurs »


Ca, c’est un livre à lire.

Sept&Lartizan – Système maîtrique (Achim Shark remix)
acapella : "Système métrique" interprété par Sept
samples : "Awake my soul to joyful ways" interprété par le BYU Men’s Chorus/"A la volonté du peuple" extrait de l’oeuvre musicale "Les Misérables" composée par Claude-Michel Schönberg
beat : "Come, come ye saints" interprété par Gladys Knight&SUV/plug-in Mixcraft 4


Ca, c’est pas un remix à écouter.


« Sans oublier que vos mercos très stylés c'est vos négriers qui vous les prète »


(p)&(c) Achim Shark 2009

lundi 14 décembre 2009

Musique de décérébrés #04 - N.A.P

« On est les meilleurs ; que ce soit en rap ou en texte. »
- N.A.P


...Bah non...

En fait non, pas du tout. Définitivement non. Et si vous doutez de ma parole pleine de vérité vous pouvez vérifier avec les résultats non télescopiques de mon top 20 des meilleurs morceaux de rap français et surtout du top 100 paru sur l'ABCDR du son. Et puis en plus c'est illustré par les Haterz, et les vrais savent, les Haterz sont les meilleurs que ce soit en dessin ou en humour.




(p)&(c) Achim Shark 2009
N.A.P feat Hamcho, Don Silver, MC Jean Gab'1 "On est les meilleurs", album "A l'intérieur de nous" (2000)


dimanche 6 décembre 2009

Bouteille échouée

Je lance une bouteille à la mer. Sera-t-elle lue ? Sera-t-elle bue ? L’alcool ne réglera pas tes soucis, l’eau minérale non plus. Je vis sans plus. Sans moins non plus. Je vis c’est tout, je vis c’est rien. Je suis en chien. Les larmes du chien. Le chien de l’arme. Arme de destruction passive, télévision, télé fiction. Vie fictive, espoirs brouillés, rêves volés. J’espère voler. Avion brûlé décolle sans aucune destination. Je m'envole sans destin ni nation. Citoyen incolore, chloroforme inodore, sodomie indolore, société buggable, nouvelles buzzables. Futur. Mur. Obscur. Noir. Espoir ? Je marche vers la gloire en courant à ma perte. Je cours plus vite que je ne marche, dommage. Bientôt chômage, bientôt je croirai aux illuminatis, mon doigt dans l’œil de la pyramide. Je marche sans guide. Je prends du bide. Je me sens vide, j’ai besoin d’être aidé, aimé, qui sait ? Pas moi. Je pense à moi : envie de vomir. Sans rire. Sans être le pire. J’ai rien en ligne de mire, à part un mur ou la station MIR. Sans queue ni tête comme une blonde. Une tombe. Je sombre. Les catacombes de ma mémoire. Squelettes dans le placard. Un art de famille, un air de cafard. Cafard, spleen, ce qu’il se cultive dans ma vigne. Une ligne d’horizon. Appelle-moi le patron, je suis Roi, je suis moi, sans toit on prend la pluie. Tu suis, pas moi. Je suis, pas toi. Y’a quoi ? Gaulois, Valois, bats-moi, paroi, pas roi, que moi sans moi, sans loi, sans toi, tu vois ? Je bois à la lie de Paris. Hallali, Magali, son mari, mon cri, mon prix. Sans valeur. Malheureux sans malheur. Chanceux sans bonheur. Bonne chance sincère. Cœur en vacance, bonne chère. Chère amie punie, marrie. On sourit, c’est du faux, amitié fausse, souvenir partagés. Passé, page tournée, larmes coulées, sable écoulé, lambeaux de sentiments dépassés, semblant repassés. Tristesse macérée, filtrée, édulcorée. Le temps passe, les amitiés s’effacent. Reprises de contact : farces. Avançons, passons, maçons de notre maison, notre existence. Pense à l’avenir, ne pense qu’à finir, à fuir, que reste-t-il à dire ? Ave Caesar, morituri te salutant. Mon père demeurait sous une tente. Son fils un demeuré saoulé par Kant. Vante la vente de corde pour pendre un poids en trop. Un poids en moins, un poing au coin, un de moins au point de ralliement. Il ment, il pend, il peut, c’est un gueux. Rien de mieux. Un pieux. Vampire braqueur de banques de sang manque de couleurs. Sur la plage, rougir. A force de languir il meurt, cendres, soleil levant, orient, occident, rap conscient, conscient de rien, marchand de vent, marche devant, marche funèbre. Phèdre. Attalie. Italie. Spaghetti. Wack MC. Lundi jour de pluie. Mardi joie de vivre. Temps mort. Embarque au port. Port de pêche. Pêche au gros, gros péché. Déprimé, suicidé, cœur arrêté, pris au filet. Esclaves, chantages, marchandages. Trop mat. Bateau pirate. Bateaux piratés, volés. Femmes violés, villes incendiées. Encre, plume, papier, derniers mots écrits sous la lune. Tempête dans un encrier, tempête sous un crâne, tempête sur une vague. SOS, bouteille lancée, à l’intérieur papier. Qui viendra sauver ? Laissons tomber, laissons sombrer. Ombre. Lumière. Femme entière. Main tendue. M’a-t-on cru ? Pus écoulé, Abcès percé, vidé. Poète inspiré. Cheveux de jais. Cœur arraché, caressé, réparé. Demain : épines, tristesses, quatre mains, Céline, promesses. Peut-être.




(p)&(c) Achim Shark 2009
dessins extrait des mini strips de Frederic Noens par Frederic Noens


samedi 5 décembre 2009

Taipan « AFPAN vol. 1-10 »

Pour rester d'actualité dans ce rap jeu pipeau, autant piper les dés en rappant l'actualité gratuitement mieux qu'un rap con, chiant et payant. C'est un peu la base des AFPAN, brefs titres tirés des pires brèves de AFP charcutées par Taipan. Originellement lâchés l'un après l'autre sur le site de LZO records, les 10 premiers sont finalement réunis sur un EP téléchargeable gratuitement avec en bonus une jolie pochette et une intro/outro par CHI qui produit également tous les titres. Que ce soit sur les violons délicieusement discordants de « Plus rien de m'étonne (#1) », les guitares saturées de « Retour aux pyramides (#07) » ou les synthés stridents de « La vie est belle (#03) », Taipan se ballade avec une facilité déconcertante sur tous types de beats, délivrant punchlines par cargos entiers avec un flow toujours maîtrisé généralement posé, parfois plus véner. Connu surtout pour ses égotrips, Taipan profite de l'exercice pour montrer une autre facette de son rap en décrivant l'actualité avec acidité mais surtout lucidité. J'ai découvert Taipan par ces AFPAN et depuis j'attends son album comme les juifs attendent le messie. Alors, pourquoi faire les fines bouches, c'est bon, c'est gratuit et c'est ici, de quoi patienter avant l'album qui sortira « avec un an de retard mais 10 ans d'avance » comme ça se chuchote à mi-voix parmi les MC's effrayés de celui qui a plus de punchlines qu'eux dans les lignes de sa main.




(p)&(c) Achim Shark 2009

vendredi 4 décembre 2009

Eden

Petit garçon cherche un éden,
Trouver une chevelure ébène ;
Se perdre en des yeux lumineux ;
Guérir son coeur plein d’épines.

Petite fille cherche un éden,
Etre libérée de ses chaînes
Par une main secouriste
Venue soigner son coeur triste.

Petits enfants cherchent un éden
Lassés de ces relations vaines
Souhaitent quitter leurs vices ;
Sous l’astre Amour qu’ils grandissent.




(p)&(c) Achim Shark 2009
dessin tiré des Céréales du dimanche matin par Zack Weiner



L'inspiration ça tombe pas avec la pluie (dommage hein)

mercredi 2 décembre 2009

Gussainville parano



Vous avez vu ça ? Il faut faire attention, il y a 10 millions de cannibales en France que l'Etat paye pour ne pas qu'ils se déchaînent et ne te dévore, toi et ta maison. Mais qui sont-ils, où sont-ils ? Que se passera-t-il si le gouvernement cesse de les payer et de les retenir ? Il est temps d'avoir peur car lorsque le problème de la surpopulation sera intenable, la bride sera lâchée et des millions d'anthropophages seront lâchés dans les rues.

Mais comment les reconnaître ? J’avoue que ne sais pas, il faudra regarder TF1 et leurs informations éclairées, je pense que très bientôt nous saurons avec certitude que ces êtres barbares et ignobles sont barbus, bronzés, et voileurs de femmes. Diam's est déjà une de leurs victimes, il faut faire gaffe, ils se préparent à dévorer les fillettes de 8-15 ans qui recherchent un mec mortel.

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"La France qui pense qu'en banlieue on peut pas penser puisqu'on pense qu'à danser, rapper sur des beats cadencés. Remarque ils pensent que les 3 millions de chômeurs c'est 3 millions d'immigrés..."
- Kool Shen


C'est arrivé près de chez toi, ouais presque sous ton nez, et c'est clair que dans sa commune de 40 habitants à ce gros porc il doit y avoir plein de ces sauvages-là.

Je ne participerai pas au si joli "débat sur l'identité nationale" parce que
"Devoir s'intégrer à un pays qui est déjà le sien c'est flairer, se mordre la queue donc garder un statut de chien"
- Rocé


Bah oui ma réflexion et ma personnalité ont toutes deux été annihilée par le rap, mais je préfère cela à l'annihilation de l'âme prévue par TF1.

Sérieusement, ce qui me saoule c'est que ce débat n'est pas là pour définir une "identité nationale" mais pour stigmatiser les populations immigrées principalement banlieusardes. Le 11 novembre, deux jeunes militants pour l'autonomie basque ont volé le drapeau français du monument au mort, parce qu'ils ne se sentent pas français n'est-ce pas. Bon, ils n’étaient pas très doués et se sont fait choper le jour-même.

Anecdote intéressante, mais qui en a parlé ? Les informations locales. Imaginons que 2 jeunes banlieusards décident de faire la même chose, qui plus est plus pour le fun que pour réaliser un quelconque geste politique, que se passerait-il ? Un ouragan médiatique d'élus outragés que "le symbole de notre nation soit ainsi déshonoré" et un gros gros débat nouveau sur cette "identité nationale".

Alors voilà si on veut vraiment parler "d'identité nationale" sérieusement, ce qui serait intéressant parce que la France fut le premier Etat-nation tout en étant par essence plurinationale, on doit intégrer toutes les parts de la société française et pas en brûler quelques-unes sur la place publique, ça sera peut-être plus efficace. Parce que oui, on faisait ça au moyen-âge de temps en temps avec les sorcières pour taire les craintes de la populace mais ça n'a jamais eu qu'un effet à court terme. La France est un pays qui a de belles valeurs (cf), des capacités, un passé parfois glorieux et a depuis toujours eu la chance d'être un hysme européen où beaucoup vinrent s'établir et firent prospérer la nation. Bien sûr la différence étonne, effraie, mais comme je l'ai dit auparavant la beauté de la tolérance est de respecter et accepter des choses que l'on ne comprend pas. Je m'auto cite parce que je suis génial et je me dis souvent que je mériterai vraiment d'avoir du talent, de savoir m'exprimer, d'être lu, d'être adulé, d'être publié et d'avoir des groupies.

Donc après tout ça la déclaration de l'autre enfileur de mouton ne me choque pas vraiment, il exprime juste à voix haute tout ce que cette parodie de "débat" veut exprimer à voix basse.

Et si la paranoïa des gussainvilois vous saoule, il faut regarder Las Vegas parano parce que c'est le film avec lézards, déserts, animaux de compagnie sexuellement violables, barbituriques et acides le plus cool qu'il soit. Et puis écouter "Crash test" aussi.





(p)&(c) Achim Shark 2009
image tirée de Kreepy Kat par Alan Karr