jeudi 17 septembre 2009

Onyx « All we got iz us »

Onyx n.m. (gr. Onux, ongle [à cause de sa transparence]) :

1. Agate d'une variété caractérisée par des raies concentriques de diverses couleurs.

2. Groupe de rap formé à la fin des années 80 dans les rues obscures du Queens par quatre rappeurs : Fredro Starr, Sticky Fingaz, Big DS et Sonee Seeza. Auteurs d'un rap ultra-violent, cru et enragé, ils firent sensation en 1992 avec leur premier album « Bacdafucup », certifié platine. Trois ans plus tard, les trois lascars remirent le couvert pour leur second album « All we got iz us » après le départ de Big DS. Trois autres albums sortirent (« Shut'em down », « Bacdafucup 2 » et « Triggernometry ») ainsi qu'un album de raretés (« Cold case files : Murder investigation ») et un nouveau est actuellement en préparation.

Malgré l'énorme succès de leur premier album, Onyx est resté musicalement le même : hardcore ! Evidemment le rap new-yorkais vivait une période où les breakbeats sauvages, les instrus minimalistes et les lyrics violents étaient extrêmement populaire avec la montée en puissance de groupes comme Mobb Deep, le Wu-Tang ou même plus tard DMX, mais Onyx est clairement un cran au-dessus, flirtant souvent avec l'horrorcore. Ici, chaque rime, chaque flow, chaque beat sonne comme la fin du monde dans d'affreuses souffrances.

La fin du monde... « Last Dayz »..., bienvenue dans l'univers d'Onyx, un univers violent et nihiliste, noir et rouge, sombre et oppressant. « Either head up or shut up 'cause bullets ain't got no names ». On est loin des clubs mais bel et bien au beau milieu des rues poisseuses de la Grosse Pomme, on « walk in New York » regardant à travers les yeux du ver qui la dévore avec une « Getto mentalitee » brutale qui crie « Shout » au milieu de la nuit mais nul ne l'entend, « Betta of dead ». Perdu, tu cherches ton chemin à un croisement. Où aller ? Mais il n'y a plus d'issue, « 2 wrongs » routes s'ouvrent devant tes pas. On est ici au plus profond du gouffre, pleine de « Punkmotherfukaz » plus mort « Most def » que vivants. Pour survivre ? « All we got iz us ».

Dans cet univers, peu sont ceux qui peuvent y entrer, en conséquence les beats sont entre les mains de Fredro Starr, pour la majorité, quelques uns étant signé par le groupe entier et « 2 wrongs » par Sticky Fingaz. Les instrus suivent toutes le même schéma : une boucle discrète, plutôt soul, accompagné d'un beat très dur au bpm assez élevé mettant la nuque à rude épreuve sans provoquer le moindre mouvement du popotin. Les 2 seuls invités, PI (sur « All we got iz us » et « Getto mentalitee ») et All City (sur « Getto mentalitee )» sont choisis parmi les proches du groupe. Tout ceci favorise une homogénéité certaine de l'album mais peu lasser, d'autant que les flows, bien que maîtrisés, sont monocordes et souffrent de peu d'évolution durant les 15 pistes, rendant une écoute suivie de l'album parfois difficile.

« I'm thinking 'bout taking my own life/I might as well/'Cept they might not sell weed in hell/And that's where I'm goin'/'Cause the devil's inside a me/They make me rob from my own nationality ». Les 15 titres sont un crochet violent en plein visage, il est difficile de s'en relever, album monolythique, aucun titre ne ressort particulièrement à l'écoute, mais je retiendrai tout de même « Last dayz » et sa petite voix pitchée, « All we got iz us (Evil streets) », « Betta off dead », « Live niguz », « 2 wrongs » et « Walk in New York ». Brut, dur, violent, « All we got iz us » l'est. Cela peut le rendre difficile d'accès, mais la qualité est néanmoins au rendez-vous pour les amateurs d'ambiances glauques et de Hip Hop sans concession aucune.





(p)&(c) Achim Shark 2009

mardi 15 septembre 2009

Not Chopped but Screw

Lorsqu’un des meilleurs compositeurs d’un certain siècle se trouve découpé par les mains appropriées pour servir de base musicale à un des meilleurs rappeurs du siècle suivant cela crée généralement ce qui est nommé dans le jargon un « classique ». Un des exemples les plus marquants est sans nul doute « That’s my people » du Suprême NTM où Chopin, choisi parmi l’élite des compositeurs du XIX° siècle, se trouve confronté aux rimes de Kool Shen, choisi parmi l’élite des MC’s du XX° siècle, le tout saupoudré de quelques références à l’homme méthodique du Wu-Tang clan. Naïf, je me suis dit que c’était facile (et je voulais m’amuser aussi, il faut bien le dire), ainsi j’ai pris un a capela d’un des meilleurs MC du XXI° siècle, Sept, l’ai accouplé avec des écorchures (ce serait insultant d’appeler ça des samples) tirées du « Dream a Dream » de Charlotte Church, qui lui-même reprend « Pavane » de Gabriel Fauré, un des meilleurs compositeurs du XX° siècle le tout agrémenté d’un breakbeat fleurant bon les ennemis publics numéro un.

La recette de la réussite donc ! Il manquait juste un détail important : des mains appropriées. Du coup c’était un peu naze. N’ayant rien d’un beatmaker, affublé d’un matériel rudimentaire et d’une oreille musicale pitoyable, ça ne pouvait pas voler trop haut de toute façon.

Mais moi j’aime beaucoup « Dream a dream », c’est le genre de son que j’aimerai entendre sampler, parce que c’est très beau. Accompagné d’un beat adéquat et d’un bon rappeur, ça peut faire des merveilles, j’en suis sûr. On est souvent mieux servi par les autres, mais s'il n'y a personne autant le faire soi-même, n'est-ce pas ? Accouplez ça à mon amour pour les choses que je fais mal, les raisons de mon exploration du monde des remixes s'explique. J’ai donc choisi l’a capela de « Memento mori » car c’est mon titre préféré du « Jeu du pendu » et puis Lartizan a laissé tous les a capella de l’album en jachère sur son site, c’est sa faute, il n’a pas intérêt à venir se plaindre que je scarifie inutilement son travail ! Après cela je volai de façon éhontée le breakbeat laissé par Public Enemy à la fin de la version de « Bring tha noise » avec Anthrax sur l’album « Apocalypse 91…The Enemy strikes Black », breakbeat déjà utilisé par le Ministère ÄMER sur « Brigitte (Femme de flic) » en 1992.

Le problème c’est que le beat ne collait pas du tout avec la voix de Sept. Que faire ? Etais-je condamné à faire quelque chose d’inécoutable ? Cette idée me poursuivit et me tortura durant au moins deux minutes avant de laisser là ma daube et vaquer mes pertes de temps. Ce fut juché sur un tracteur New Holland, l’œil plissé afin de ne laisser échapper aucun bout de plastique que la Lumière m’atteignit : Tricher !

La Screw Music est une méthode utilisée par les rappeurs sudistes visant à créer un mouvement ralenti, codéiné et implacable à leurs instrumentaux, cela « consiste (grossièrement) à ralentir le tempo d'un morceau jusqu'à révéler sa seconde nature, sombre et hypnotique. Cette technique, dite du « chopped and screwed », elle est le dénominateur commun de toute une génération de jeunes artistes, dont les trois héros de l'année : Mike Jones, Paul Wall et Slim Thug, nouveaux porte drapeaux du Texas aux côtés des indéboulonnables UGK. » selon l’Abcdr du son. Toujours grossier, j’ai utilisé le principe en ralentissant à l’extrême le flow de Sept et le beat de PE (un peu moins extrêmement). Du coup, c’est toujours offbeat, mais un peu moins. Et puis surtout ça s’entend moins (j’ai l’impression).

Et ainsi donc, si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici, vous connaissez les secrets de fabrication de la fabuleuse version Not Chopped bur Screw de « Memento mori » réalisé par mes mains potelées avec l’appui (plus ou moins volontaire) de tout un tas de gens que je big-up : Sept, Lartizan, Charlotte Church, Gabriel Fauré, Mixcraft 4, Public Enemy, Anthrax, Bill Gates, New Holland, Dr Dre, Ice Cube.... Big-up à mes homies, et pardon aux familles, tout ça…


Sept&Lartizan - Memento Mori
(Not Chopped but Screw Achim Shark remix)


Ce que j’aime sur ce beat ? Le super jeu de mot « Not Chopped but Screw », chaque fois que j’y pense je m’aime. Sinon, les originaux de « Memento Mori » et « Dream a dream » démontent, ne passez pas à côté !


"22h17 la Villette grand écran"



(p)&(c) Achim Shark 2009

dimanche 13 septembre 2009

Dreyf « Same player shoot again vol.1 - Un nouvel espoir »

« C'est pas un jeu c'est un sport ». Ainsi parla les X Men à propos de la musique nommée « rap » en 1998 et ce concept porteur fut souvent repris par leurs homologues successifs. Et pourtant... Et pourtant il semblerait que les rappeurs français sont de biens piètres sportifs ! En effet, n'importe qui pourra affirmer que l'adversaire le plus aisé à contrer est celui qui attaquera toujours de la même façon, de même que chaque MC s'enfonce dans sa propre caricature, creuse sans cesse le même sillon, oeillères sur les tempes et yeux fixés sur sa propre déjection. Dreyf a compris ce grand secret et a su faire évoluer son jeu, passant du poste défensif de son « Son d'automne » à celui de première ligne défoncé aux stéroïdes, attaquant, agressif et technique.

« Un nouvel espoir », mixtape/street cd/album avant l'album/whatever, est donc là pour annoncer ce nouveau Dreyf qui « rappe comme dans un coin du Bronx ». La mutation derrière le micro est impressionnante, bien plus technique, Dreyf le MC se taille sa place parmi les meilleurs et en profite pour surclasser largement chacun de ses invités (bien que pour certains, ça n'a pas du être très difficile). Les instrus varient entre moyen et excellent. Le principal défaut sera la linéarité des thèmes, défaut inhérent à ce genre de projet. On retiendra surtout « Un nouvel espoir », « Le blues du neverland », « Pesticide », « Game over », « Comme dans un coin du Bronx » et quelques autres tandis que le reste sombrera peu à peu dans l'oubli (surtout les titres avec des guests).

Après nous avoir montré ses talents de plume avec son premier EP, Dreyf nous prouve ici qu'il n'a pas à rougir de ses capacités de MC, nous attendons maintenant de voir la synergie de ces qualités sur un premier vrai album en espérant (qui sait ?) un nouveau Capitaine Tsubasa du rap français.





(p)&(c) Achim Shark 2009

I don't care being a shit, I don't even exist

vendredi 11 septembre 2009

Ma chope

(si si la faucille, tu peux pas test au concours du plus mauvais jeu de mot)

Un jour un être plein de sagesse m'expliqua ce qu'était un mash-up. Ce fut une expérience si extatique que je me sentis poussé à en faire.

Ce que je trouve interessant avec internet c'est que c'est l'antre de la médiocrité qui permet à tout un chacun de publier ses nullités, s'auto-persuader d'être le meilleur du monde et ce sans qui que ce soit ni prête attention. Moi j'aime ça car ça me laisse publier mes daubes sans avoir à en rougir. Enfin bref :

Iraka 20 001 vs Lucia Micarelli « Portrait d'un ennui »
Voix : Iraka 20 001, titre acapella tiré de « Deux ans d'merde ».
Musique : « Portrait », Lucia Micarelli extrait de l'album « Music from a further room ».

Sept&Lartizan vs Le Pingouin « Désintégration malchanceuse »
Voix : Sept, « Désintégration » extrait de l'album « Le jeu du pendu » de Sept&Lartizan.
Musique : Le Pingouin, « Malchance » extrait de l'album « Hyper urbain ».

Sept&Lartizan vs DJ Premier « Système maîtrique »
Voix : Sept, « Système métrique » extrait de l'album « Le jeu du pendu » de Sept&Lartizan.
Musique : DJ Premier « I-Gitttin instrumental » extrait de l'album « Tha Blaqprint » de Blaq Poet.

James Delleck vs DJ Shadow « Minuit dans un monde étranger »
Voix : James Delleck, « L'étranger » extrait de l'album « Le cri du papillon ».
Musique : DJ Shadow, « Midnight in a perfect world » extrait de l'album « Out of print ».

Run-DMC feat Sept « Désintégrer l'enfer »
Voix : Run-DMC, « Raising Hell » extrait de l'album « Raising Hell » et Sept, « Désintégration » extrait de l'album « Le jeu du pendu » de Sept&Lartizan.
Musique : Run-DMC, « Raising hell » extrait de l'album « Raising Hell ».


"Un p'tit type sinistre en visite parle Kärcher, et m'sieur l'ministre s'irrite qu'ici les murs lui disent 'Nique ta mère' !"



(p)&(c) Achim Shark
image piqué à LoBo


Et bientôt, on passe de la médiocrité à la nullité, des mash-ups aux remixes !

mercredi 9 septembre 2009

DJ Quik & Kurupt « BlaQKout »

Forts chacun de plus de quinze ans de carrière DJ Quik (DJ, MC, producteur) et Kurupt (MC), deux vétérans respectés (et respectables) de la scène G-funk décident de se réunir le temps d'un album commun « BlaQKout » en 2009. Chro express oblige, on va faire vite : les deux nous servent un globalement bon album. S'appesantir sur les textes n'offre pas vraiment d'intérêt (c'est bien d'être francophone des fois !), tous les poncifs du genre y passent (filles, pimpologie, egotrip, défonce...). Côté rap le travail est fait et bien fait, on ne réinvente pas la roue mais ça fonctionne avec de temps en temps quelques coups de génie jouissifs. L'album ne prend réellement son envol que grâce au travail de producteur de DJ Quik. Celui-ci réalise une fusion entre g-funk à l'ancienne et des sonorités actuelles pour créer un « g-funk next generation » du meilleur effet. Quik s'offre en prime le plaisir de placer quelques sons expérimentaux sortis tout droit du cerveau dérangé d'un beatmaker psychopathe ou de celui d'un beatmaker qui a été enlevé par les hommes du futur (ou les deux, c'est au choix).

Pour conclure, DJ Quik et Kurupt nous offrent un album solide, ancré dans son époque, union du passé et du futur, on regrettera surtout le nombre important de refrains r'n'b. « BlaQKout » n'est pas indispensable mais a le mérite de nous offrir des pistes sur ce que peut devenir le g-funk et la westcoast en général.





(p)&(c) Achim Shark 2009

Still S.H.A.R.K

lundi 7 septembre 2009

Tout Simplement Noir « Classics »

Tout Simplement Noir ? « Si tu connais pas demande à ton grand refré ». TSN c'est trois rappeurs, Mc Bees, Parano Refré et J'L'Tismé, c'est deux albums, « Dans Paris nocturne » (1995) et « Le mal de la nuit » (1997), c'est plus de 100 000 exemplaires vendus toutes sorties confondues, c'était la tête de proue du label la Pieuvre (« Ni TV, ni radio, n° 1 des bas-fonds ») et depuis quelques mois c'est aussi « Classics » un pot-pourri du meilleur de leurs productions, de remixes et de chutes de studios. Mais si nous allons à l'essence même, TSN c'est avant tout la gouaille de trois « Negro Parigo », pleine d'argot sophistiqué, de festivités outrancières, de misogynie assumée, le tout saupoudré de conscience sociale.

« Classics » réussit le pari difficile d'être intéressant à la fois pour le fan du groupe et le néophyte qui le découvre en mêlant remixes inédits (8 en tout), titres rares (et pas des moindres avec les bons « Gagner pour » et « La solidarité noire ») et classiques de la discographie du trio (« A propos de tass », « J'suis F »...). J'L'Tismé est à la réalisation du projet, on le ressent surtout à l'écoute des remixes, tous dans une veine très west-coast (dans l'esprit Jee Funk en somme), pas toujours excellente. On regrettera l'absence d'Aelpéacha et surtout de producteurs d'autres horizons pour donner une vision plus éclectique du rap de TSN.





(p)&(c) Achim Shark 2009

50/50 sur la gnôle... On vient pour fourrer la Gaule !