mercredi 27 janvier 2010

Rapapodcast #26

Les rapapodcasts sont des playlists (principalement rap) visant à faire découvrir des nouveaux artistes ainsi que des titres phares du Hip Hop. Elles sont présentées à titre gratuit dans un but promotionnel sur le site www.rapanization.com. Je mettrai sur mon blog les rapapodcasts que je réaliserai moi-même. Si vous disposez des droits d'un morceau ou êtes un représentant des ayant droit et que vous souhaitez la disparition d'un morceau, écrivez-moi à achim_shark[at]hotmail.fr.


- Et hop ! Un nouveau podcast, et un spécial la Caution madame !
- Tiens donc ! Et pourquoi ?
- Parce que.
- Ah, d'accord...

Rapapodcast #26 :

01 - La Caution - Main courante (2002)
02 - La Caution - Dernier train (2005)
03 - Les Cautionneurs feat. Gzav' - 93 km/h (radio edit) (2007)
04 - La Caution - Majeurs à l'index (2005)
05 - La Caution - Souvent (2001)
06 - Crash test (Château Flight&la Caution) - Crash test (2002)
07 - La Caution - Glamour sur le globe (2005)
08 - La Caution - Toujours électriques (2001)
09 - La Caution - Faut-il ? (2005)
10 - Les Cautionneurs - Prends-en de la graine (2007)
11 - La Caution - Peines de maures (2005)


rapapodcast #26.mp3

durée : 40mn 16s




(p)&(c) Achim Shark 2010


Quand j'étais au plus bas... -> bonus pour fêter les 150 articles !

dimanche 24 janvier 2010

Conversation

- Look! This ship is sinking!
- Which one is it?
- Friendship.

- How could it be? It had to face the furious anger of winds of deception, tribulation and tension but it never cracked, it always kept going forward.
- It could not resist to the smoothest but yet deadliest of them all: Time.

later
- Look! There is something in the bottom of the lake.
- It looks like a sunken vessel. Wait... I can hardly see some writings on the hull.
- Let me try: “Friend…ship…”
- Friendship? What is it?
- I don’t remember.




(p)&(c) Achim Shark 2010

vendredi 22 janvier 2010

Quatrains épars

Rêveur, trempé, en cette nuit non étoilée,
Oubliant le froid, la pluie, je songe à toi ; les
Manants en leurs murs se réfugient : des toits laids
Y règnent, leur cachant ton visage par la beauté voilé.

***

Ma compagne ? Solitude : triste épousée !
Je promène mon cafard dans les rues endormies
De cette nécropole sordide accompagné
Par cette seule amante : Mélancolie.

***

Poètes en quête d'inspiration
Trouvent en cette décoction
Le suc de leurs chansons
Le sucre de leurs poisons

***

Charles.
Les brésiliens parlent :
« Quel est celui-là ?
Il a de l’art le
Séducteur de la
Luciana. »

***

Trouvons une terre riche de paix et non d’or,
Hélons les vents, nous serons portés par ceux du Nord.
Elevons donjons, forts et contreforts
Rassurants face aux ennemis du dehors
Et par notre vie narguons la mort.

***

Depuis longtemps les oiseaux se sont tus,
Les bourgeons de pousser ont oublié.
Vieux avant l’âge, il s’est replié,
Sa sève s’est asséchée, son cœur s’est tu.




(p)&(c) Achim Shark 2010

mercredi 20 janvier 2010

Aelpéacha « Le pèlerinage (Golden throat edition) »

Janvier, la neige, le froid. On a beau lever le pot d'échappement dans les airs le réchauffement climatique tarde à venir et avec lui les mini-jupes de février. Cruelle destinée pourrai-t-on croire mais à Splifton les barbecues d'hiver ne font pas peur et nous y sommes cordialement autant que musicalement invités par le A grâce à la golden throat edition (sortie en janvier 2009 mais ressortable lors de chaque période de froid) de l'album chef-d'oeuvre « Le pèlerinage ». Tandis que les incrédules sont labourés par la peur et par l'étonnement les plus intrépides s'approchent de ce phénomène climatique inexpliqué. Golden throat edition ? Qu'est-ce donc ? Plus qu'un simple album de remix, toutes les instrus ont été retouchées dans un délire plus acoustique, certaines reprennent l'instru d'origine avec un arrangement différent tandis que d'autres sont toutes nouvelles toutes belles, le tout a été reposé avec quelques nouveautées (nouveaux couplets, nouveaux intervenants). Le tout est appuyé par SOB à la guitare et à la talk-box prouvant une fois de plus, s'il le fallait encore, que parler talk-box en France c'est parler SOB. Point barre. On remarquera quelques inédits (à moins qu'ils ne soient sur la mixtape Pèlerinage). Comme c'est généralement le cas dans ce genre d'exercice les nouvelles mélodies souffrent de la comparaison à leurs aînées à l'exception de l'explosive nouvelle version de « Rider otop », néanmoins, la GTE jouit d'une impression de spontanéité et de fraicheur bienvenues. Moins indispensable que son prédécesseur, peut-être, mais pas inintéressant pour autant, le plaisir et le soleil sont assurés et comme dit le vieux proverbe « qu'importe la caisse pourvu qu'on ai la ride ».




(p)&(c) Achim Shark 2010

lundi 18 janvier 2010

Method Man&Redman « Blackout ! 2 »

« Return to the 36 chambers », « The legend of the liquid swords », « Only built for Cuban Linx pt 2 », « Tical O : The prequel »... Le Wu et ses membres ont toujours su recycler les titres des moments forts de leurs discographies et lorsque l'homme méthodique du Wu-Tang et l'homme rouge du Def Squad se retrouvent pour un deuxième album commun, pourquoi se prendre la tête ? « Blackout ! 2 » est né. Mais ce titre n'est-il pas symptomatique d'une volonté de vivre sur les acquis du passé quand le présent est loin d'être brillant ?

Bien mal nous a pris d'être soupçonneux et mauvaises langues car Red&Med nous offrent un très bon album qui n'a pas grand-chose à envier à son prédécesseur de la décennie précédente. Ca rappe sec, dur, bien et avec des grosses voix pour notre plus grand plaisir. Pour ce nouvel effort commun un nombre impressionnant de producteurs ont été plébiscités et pas des moindres (Havoc, Pete Rock, Erick Sermon, Rockwilder, Mathematics...) pour un résultat très new-yorkais agrémenté de quelques essais Dirty South réussis (le très bon « City lights » avec Bun B). L'album n'est pas exempt de défauts (longueurs, redondance, certains titres passables) mais est globalement très bon, à écouter sans risque.




(p)&(c) Achim Shark 2010

samedi 16 janvier 2010

Grain 2 Caf « Thomas Traoré »

« L'homme qu'a rappé 'Week-end à Meda' et 'Pénu' dans cet album se met à nu. Enfin, pas au point que tu vois mon anus ! » Après trois excellents albums avec Octobre Rouge, Grain d'Caf se lance dans l'aventure solo et fin 2009 débarque « Thomas Traoré ». Un des prénoms les plus communs d'Europe associé à l'un des noms de famille les plus communs d'Afrique, deux mondes plus habitués à être placés dos-à-dos mais un pont est jeté : Grain d'Caf, Thomas Traoré pour l'état civil. Appeler son album de son vrai nom n'est pas anodin, la volonté du MC est clairement de se livrer sans ambages. On pourrait craindre alors un album un peu lourd plein d'introspections chiantes sauvées par une « sincérité » qui a bon dos. Mais ce serait bien mal juger le grain de café du XIX° qui sur cet album suit la même ligne suivie par OR, livrant des textes travaillés, avec un point de vue original assaisonné d'humour pour un flow impeccable. Le fond et la forme travaillent ici de concert, pas besoin de chercher une quelconque concurrence.

Trentenaire depuis peu, « Thomas Traoré » est en quelque sorte un disque bilan, intelligent et bien conçu que tous pourront apprécier, quelque soit leur âge. Même ma nièce de 2 ans kiffe, et veut toujours augmenter le volume ! Car avant tout le disque est agréable à écouter, même sans écouter les textes, grâce à des prods variées et globalement inspirées appuyées par un flow tout-terrain. Derrière les machines on retrouve donc Tony (Puzzle), JC (qui a notamment travaillé avec OR sur « Là où ça fait mal »), D-ego (un des rares en France à savoir utiliser un synthé), Tido Berman (TTC), JM Dee (Disiz la Peste), Drixxxé (Triptik), Chimiste (La Cliqua), Nerubi (connaît pas) et Voodoo (Octobre Rouge). Les ambiances se suivent mais ne se ressemblent pas, on passe du jazzy « Trente nerfs » à l'électro minimaliste et froid du « Négronomie » de Tido Berman avant de plonger dans le rock du « Choix de vie ». « Arraches-toi de moi » et son sample soul sont digne au « Blueprint » de Jay-Z, « 3 secondes pour me racheter » est une nappe de synthé froide parfaite, « Miroir » est lui dans un ambiance très tribale plus ou moins dans la lignée du « Fréquence interdite » d'Octobre Rouge. Enfin bref, les ambiances, les sons, les influences s'entrechoquent, s'entremêlent et pourraient menacer l'unité du disque mais Grain de Caf maîtrise sa barque, et mène son disque où il le veut. Loin de se gêner, les différents styles se télescopent pour dévoiler au mieux la personnalité complexe de Thomas Traoré.

Car c'est bien de lui que l'on parle ou plutôt lui qui parle sur des sujets variés, la crainte de l'amour destructeur sur le magnifique « Arraches-toi de moi », son lien d'amour/haine avec son poto Bédoman qui « masse [ses] cervicales » sur le juste « Au suivant », la trentaine sur « Trente nerfs », son goût en sapes sur « Miroir », une ode au cunnilingus avec « L'infirmière », le « Rêve enterré » de Martin Luther King et la montée des communautarismes sur une instru chorisée envoutante ou encore ce (ceux) qui le pousse à continuer à rapper sur le péchu « Des histoires comme celle-là » et la géniale intro « Introspection ».

Le rapport à l'argent et les manières légales ou illégales de l'obtenir reste le thème central de l'album, introduit par l'excellent « Négronomie ». Froid et dur à souhait, Grain pose les bases de sa réflexion sur la difficulté d'être noir et d'avoir des biens en France, « On est bon pour soulever des cartons, avoir des hernies discales ; négro soit ton propre patron et t'as un contrôle fiscal ». On y brasse beaucoup de thèmes qui se révèlent récurrents, la place des noirs en France, l'argent légal ou illégal ... Un peu dur d'accès par son aspect très dur et son instru particulière, « Négronomie » devient vite obsédant (dans le bon sens du terme). Cette réflexion est suivie par une étude de cas : la sienne (on l'a sous la main, profitons-en) avec « Choix de vie » où Grain raconte son parcours en université de droit en parallèle avec le parcours d'un autre étudiant issu de son quartier. Les deux ont la chance de quitter leur zone pour faire leurs études dans une fac de qualité et commencent à s'intégrer avec d'autres jeunes de la rive gauche, « la voie royale pour l'embauche ». Les gens commencent à demander où trouver du shit, parce qu'il y en a plein dans le XIX, il paraît. Alors que la collègue du jeune Thomas décide de se focaliser sur les études, celui-ci saute sur l'occasion pour se faire du blé, ce qu'il fait avec succès. Au début tout cela lui paraît très bien mais finalement, des années plus tard, il réalise que ses choix de l'époque l'a empêché de se construire un futur stable et libre de soucis financiers, d'autant qu'il se retrouve au tribunal où Mme le procureur n'est autre que son binôme du quartier. « Ma soeur, c'est juste des choix de vie, si on retrouve ici c'est parce qu'on l'a choisi ». Le thème se poursuit avec « 3 secondes pour me racheter » qui se focalise plus sur le cercle vicieux d'un tel style de vie, les raisons de le choisir et la difficulté de revenir en arrière une fois qu'on y est engagé.

Le choix est donc là : argent facile et illégal ou légal et plus long à obtenir. Quelle voie choisir ? Loin de jouer le moralisateur, le grand repenti ou quoi ou qu'est-ce, Grain se contente de poser la question et nous laisse la réflexion. Ce qu'il ne faut jamais oublier en écoutant Grain de caf (et Octobre Rouge en général) c'est qu'il faut faire attention aux différents degrés du discours.

Malgré toutes ses qualités l'album souffre de quelques défauts, notamment l'instru fatigante du « Comte de Paname », quelques phases faciles et enfonçage de portes ouvertes (« Tout est à vendre » par certains aspects), des feats pas toujours au niveau (Oxmo déçoit) et d'autres titres un peu dispensables (« Miroir », « L'infirmière », mais c'est peut-être juste pas mon genre de délire). Néanmoins l'objectif est atteint, nous avons là un album sincère, juste, intelligent, bien produit, bien rappé, sans tomber un passéisme lourdingue.

Le disque se termine avec le titre éponyme « Thomas Traoré ». Un prénom européen, un nom africain, je me répète. On parle beaucoup d' « identité nationale » en ce moment et Grain rec herche son identité personnelle, qui est bien plus essentielle. Noir en France, Blanc en Guinée, où est la place du métis ? Finalement il a choisi la meilleure part « Mon camp n'est pas une race mais la volonté de vivre ensemble ».




(p)&(c) Achim Shark 2009

jeudi 14 janvier 2010

Octobre Rouge « Votez pour nous »

S'il ne fallait garder que trois voitures de l'histoire de l'automobile française ce serait sans doute la 2CV, la Traction et la DS. Trois Citroën ! Qui l'eut cru ? Pas moi en tous cas, mais je pense qu'après réflexion peu viendront contredire mon axiome.

Sur la rocade du rap français se sont encore ces véhicules-là que l'on peut croiser. Derrière un volute noirâtre une foule de Deux Chevaux s'avancent dans laquelle les chauffards du dimanche n'ont de cesse de grogner dans leurs barbes contre les mauvais conducteurs qui les entourent et les freinent sans se rendre compte qu'ils se noient dans la foule moins par manque d'éclairage que par une ressemblance bluffante avec la masse. Embrayage, passage de vitesse, coude à la fenêtre, il pense être classe avec son autocollant « Never change » sur le pare-brise, le son est fort, conscient en 98, dirty suce en 2008, il arbore lunettes de soleil en pleine grisaille pour pouvoir suivre discrètement ceux qu'il conchie, ceux qui ont réussi à sauter en Traction, souvent sponsorisés par Skyrock. Ceux-ci ont l'oeil dans le rétroviseur gueulant sur tous ces abrutis qui ne font que les suivre. Peut-être ont-ils peur que l'on découvre qu'eux-mêmes ne sont que tractés par General Motors qu'ils copient pâlement. Seulement à s'observer en chiens de Fayence en permanence ils ne remarquent pas que leur route les mènent au même endroit : un mur.

Et puis il y a ceux qui s'en foutent. A l'aise dans leur DS ils « ken les américaines et mettent à l'amende les grosses allemandes ». Grâce à leurs phares tournants ils aperçoivent les sorties et s'extirpent du périphérique de la médiocrité pour suivre leur propre route. Slalomant dans les rues de Paris à bord de leur « Cadillac française » les Octobre Rouge sont de ceux-là et nous servent donc leur troisième album « Votez pour nous ». Celui-ci suit la démarche artistique exigeante de ses prédécesseurs allié à volonté d'ouverture. Le difficile mélange à tendance à se faire harmonieusement et la voiture continue sa route sans caler.

Sur ce nouvel album on retrouve tous les thèmes récurrents d'OR, ainsi « Hydro » est la suite logique du « Ien » sur « Là où ça fait mal » et à « Home shit home » sur « 24/7 ». « Balance-toi » suit « les cent ciels » et « OTLO » ; « 75000 » à « Nuits blanches » ; « J'quitte le tiékar » suit « Malgré tout j'l'm » ; « Prends le gen-ar » suit « Décollement pulmonaire » et « Ainsi font font » ; « Que tout ça change !! » suit « Diagnostic » et « L'Enfer ». Ceci n'est pas pour critiquer une quelconque redondance, déjà parce que si on devait cracher sur tous les rappeurs qui disent toujours la même chose on n'aurait pas fini mais surtout parce qu'à chaque nouveau titre les mêmes thèmes sont traités de manière différente, d'un nouveau point de vue et permet de voir l'évolution du groupe. Ca à beau tourner toujours des mêmes choses (la rue, le biz, Paris...) on ne tombe jamais dans la redite.

Au niveau MCing, Grain de Caf et LOGAN sont comme d'habitude d'un niveau excellent, évolutif et juste. Au début la présence accrue de Voodoo m'a fait un peu peur mais finalement il s'est nettement amélioré et oue dans la même catégorie que ses deux collègues. Au niveau des prods, c'est très éclectique, ça part d'un titre tribal, agressif et jouissif comme « Fréquence interdite » à une ambiance lourde, menaçante et sudiste sur « 75000 ». Une volonté d'être plus accessible et plus dans la tendance sudiste se ressent mais le résultat est convainquant, ceux aux manettes (Richie, La Plakn D.Ego, DJ Manifest, Voodoo...) maîtrisent parfaitement leur truc, c'est solide, la qualité est là. Je regrette juste que le génie de la MPC JC ne soit pas présent sur ce projet parce que l'empreinte qu'il a laissée sur « Là où ça fait mal » m'a beaucoup plu.

Peut-être toujours dans cette volonté d'ouverture on retrouve un peu plus d'égotrips qu'avant avec le très bon « Fréquence interdite », « VRAIS » ou « Colekt'OR » (une ode à leur label qui fête ses dix ans d'indépendance et de qualité). On a droit à un titre étrange « Accordés », où chaque membre se vante d'être toujours bien habillé, accordé. Personnellement ce n'est pas du tout mon délire, les sapes, tout ça, mais l'humour, la verve des MC's, l'instru bien catchy en font un titre super agréable, s'ensuit « DS », un autre titre bizarre en l'honneur de la Citroën DS (je vous avais dit qu'ils roulaient dedans !). Mais en soit ces titres ne font pas tâche dans la discographie du groupe où l'humour et la légèreté à toujours eu sa place. Sur les autres titres l'ambiance est bien plus lourde et oppressante (« 75000 », « Que tout ça change !!! », « Une vie de rêve »).

Octobre Rouge est un des rares groupes à avoir une écriture compréhensible sur plusieurs degrés et un titre comme « Votez pour nous », musicalement parfait, révèle de plus en plus de richesse au fur à mesure des écoutes, où chacun trouvera des significations différentes. Bien que je le trouve un poil en dessous de « Là où ça fait mal » Octobre Rouge nous offre encore un excellent album qui se bonifie avec l'âge et les différentes écoutes.




(p)&(c) Achim Shark 2009

mardi 12 janvier 2010

Taipan « Punchliner mixtape »

« Vous voulez la qualité ? Devinez qui est de retour. »

On en parlait il y a peu, Taipan se prépare depuis son pays haut à changer la face du rap au moins hexagonal et en attendant « Je vous aime » prévu début 2010 sortait ce mois-ci une mixtape, « Punchliner ». Voici donc 28 titres mêlant quelques anciens titres avec (principalement) des inédits. Première bonne surprise, ici juste une face B, à part ça toutes les prods sont originales, composées en majorité par CHI, mais également par Taipan lui-même, Lartizan ou DJ Mig One. Celles-ci sont globalement bonnes (voire très) mais certaines se placent nettement en dessous (« Prétentieux, prétendant » par exemple). Les ambiances sont assez actuelles, beaucoup de claps, de synthés et un peu (à mon goût déjà trop) d'autotune ; mais ce n'est pas la seule texture musicale, c'est quand même très varié avec par exemple le remix épique de « Debout là-dedans » ou l'ambiance g-funk à souhait de « Smoke me out ».

On retrouve également un nombre imposant de featurings, principalement avec le crew luxembourgeois LX, vivier de MC's aux niveaux très variables qui offre quelques perles (« Paria » surtout, difficile d'en revenir) mais aussi quelques lourdeurs (les prestations de Lil'Star, « Nuage de plantes »). On notera également la présence de Rachid Wallas, de Bolino sur le drolatique « Tu m'emmerdes avec ta musique » ou Soklak sur le hit du skeud « Je commence demain », ode au chômage mené tambour battant par deux MC's de grand talent.

Comme l'indique le nom, le concept est très égotripé dans une recherche constante de performance, et pas de mauvaise surprise, derrière le micro Taipan est toujours au poil. Pour éviter une fatigue quant à la redondance de ce genre de délires quelques thèmes plus personnels ou autres viennent -bienvenus- aérer régulièrement le disque. Ecouter Taipan sur un projet plus long qu'à l'accoutumé permet de mieux cerner le personnage et certains défauts transparaissent, principalement une récurrence de refrains chantonnés pas très efficaces et fatiguants.

Un truc très personnel pour finir, le mix de la mixtape est vraiment minimal, les titres sont simplement légèrement enchaînés et la quasi-absence de scratches est regrettable. En bref, une tape de qualité, pas indispensable mais qui confirme le bien que l'on pensait de Mr Ponds.




(p)&(c) Achim Shark 2009
Myspace Taipan
LZO records


dimanche 10 janvier 2010

Croassement au-dessus d'un nid de coucou

Il était une fois un crapaud qui rêvait d'être un prince. Il ne cessait de répéter à qui voulait l'entendre (ou pas d'ailleurs) qu'une sorcière lui avait jeté un sort, le transformant en un vil crapaud tel qu'on le voyait. A vrai dire, personne dans la communauté crapaude ne savait vraiment s'il fabulait ou disait la vérité et je pense que lui-même aurait été bien en peine de répondre.

Comme tout crapaud dans sa situation il espérait le baiser d'une princesse qui le sortirait de sa fâcheuse situation. Pour cela il avait élu domicile dans un marais proche d'un palais où une vivait une princesse dotée d'une rare beauté. Chaque jour, il la voyait se promener avec ses suivantes aux abords de la mare riant tout fort de toutes sortes de futilités. Il se dressait alors, se gonflait du plus qu'il pouvait et criait son désespoir à la demoiselle couronnée qui hantait ses rêves dans une mélopée tragique à la beauté sauvage. Malheureusement, lorsque ses cris parvenaient aux oreilles de la princesse et ses dames de compagnie ce n'étaient que les croassements disgracieux d'un crapaud qui l'était encore plus. Toutes lui jetaient alors des pierres jusqu'à ce que, le coeur brisé, il ai fui, laissant là pantelants ses rêves et ses chants. Il se promettait alors de partir à la recherche d'une princesse plus charitable mais il ne pouvait se décider. Il en venait toujours à blâmer son apparence misérable, ou à démontrer à son coeur par un raisonnement retors que la princesse était bonne et généreuse, seules ses suivantes étaient méchantes et blessantes par leurs cris injurieux et leurs pierres acérées. Ainsi, chaque matin il se remettait à guetter le passage de la dame de ses rêves.

Un jour qu'il guettait ainsi il vit la princesse s'approcher seule de la mare afin d'y prendre le soleil. Il se glissa alors s'en bruit et se retrouva à ses pieds. Là, il croassa doucement afin d'attirer son attention sans l'effrayer. Las ! A peine l'eut-elle vu qu'elle eut un mouvement de recul. Mais, étonnée par ce batracien qui ne bougeait pas d'un pouce elle s'avança pour l'observer. "Et bien, tu es bien drôle toi ! lui dit-elle en riant, on dirait que tu attends quelque chose ! Cela me fait penser à ces contes idiots qu'aimait à raconter ma nourrice, pleins de princes transformés en crapaud, en loups ou en je ne sais quoi..." Au souvenir de ces histoires enfantines elle se mit à glousser de plus belle tandis que, plein d'un espoir naïf, le coeur du crapaud explosait de joie et d'espoir. La jeune fille, toujours dans son rire dit "Ah, oui, tu ferais un bien étrange prince, crapaud difforme ! Mais... Ah, je crois avoir trouvé ta princesse" dit-elle en éclatant de rire. Elle attrapa alors le crapaud et le cacha dans son mouchoir puis revint, courant et riant vers le palais y retrouver ses suivantes.

Au palais vivait une orpheline bossue, difforme et muette qui servait d'amusement à la princesse et sa compagnie. Celles-ci aimaient à l'humilier, la frapper et lui imposer toutes sortes de lourdes tâches tandis que la malheureuse, prostrée dans son mutisme obéissait humblement à sa maîtresse. Ce jour-là, la princesse revint de sa promenade et parla et ria à mi-voix avec ses suivantes avant de s'avancer vers elle.

"Ma pauvre fille, dit-elle, tu as été obéissante à moi, ta maîtresse, jusqu'à aujourd'hui et, dans ma grande bonté, dont tu peux voir chaque jour les bienfaits, j'ai songé à ton avenir et t'ai trouvé un mari digne de toi ! Mes suivantes et moi trouvons que vous allez parfaitement ensemble, alors ne soit pas timide : le voilà, embrasse-le !" Disant cela elle présenta à sa malheureuse servante le crapaud qu'elle avait trouvé près de la mare.

Coincé dans le mouchoir de sa belle, le crapaud n'arrivait pas à croire sa bonne fortune tout le long du trajet jusqu'au palais. Aveuglé par le tissu, il imaginait la princesse se faisant belle pour embrasser et rencontrer son prince charmant. Son coeur battait à tout rompre, ce n'est pas tous les jours que vos rêves se réalisent ! Soudain, le mouchoir se souleva et alors qu'il s'attendait à voir une princesse rayonnante de beauté dans ses plus beaux atours il se retrouva nez à nez - presque lèvres à lèvres - avec la plus laide des créatures vêtue de quelques hardes en lambeaux. Pris de panique il pensa à s'enfuir mais il croisa ses yeux. Dans ses yeux il lut une tristesse ineffable doublé d'un véritable intérêt pour lui, prince crapaud que tous, humains comme batraciens, rejetaient et méprisaient. Il se laissa alors embrasser.

L'orpheline muette et difforme se métamorphosa alors en la plus belle des demoiselles que l'oeil n’ai jamais pu observer. Il y avait de cela plusieurs années, jalouse de ses charmes une sorcière avait ensorcelé cette princesse (car s'en était une) en cet être infâme méprisé par tous. Seul le baiser de quelqu'un ayant compassion envers elle pouvait la sortir de son état, ce même baiser que lui donna ce crapaud. Ce dernier justement ne se métamorphosa point et ce pour la simple raison qu'il n'avait jamais été autre chose qu'un crapaud et que ses rêves de prince n'étaient que chimères.

Paisible et sans haine, la princesse posa les yeux sur son ancienne maîtresse et ses suivantes estomaquées et dit simplement "Je vais rentrer chez moi maintenant." Elle prit le crapaud dans sa main et partit en son pays. A son arrivée, la longue angoisse du roi et de la reine furent finis et le royaume entier fut en liesse pour fêter le retour de la belle princesse aimée par tous. Lorsqu'elle eut fait part de son récit, sa fée de marraine se mit en colère et transforma la méchante princesse et ses suivantes en crapauds, état dont elles ne revinrent jamais. Ceci fait, elle métamorphosa le crapaud rêveur en un valeureux prince. Le roi et la reine eurent ainsi très vite la joie de marier leur fille avec cet ancien batracien. Ils vécurent heureux, et bien que l'état civil ne fût pas très bien tenu à l'époque, il n'y a aucune raison de penser qu'ils n'aient pas eu beaucoup d'enfants.




(p)&(c) Achim Shark 2010
image trouvée ici

mercredi 6 janvier 2010

Blakroc

11 jours, 11 morceaux, telle est la gageure qu'à tenté de relever Damon Dash pour sortir la tête hors de l'eau après la fin de l'aventure Roc-A-Fella. L'entrepreneur d'Harlem a eu beau multiplier les tentatives dans tous les domaines, son divorce avec Jay-Z a signé sa descente aux enfers mais avec le projet Blakroc le charmant filou compte bien remonter la pente. Pour se faire, partant d'un concept pas follement original, il réunit les bluesmen The Black Keys et 11 MC's de premier ordre avec ODB que même la mort n'empêche pas de sortir des couplets de fou furieux, Ludacris, Mos Def, RZA, Pharoahe Monch, Raekwon, Jim Jones, Billy Danze ou encore Q-Tip et en profite pour mettre en avant son nouveau poulain Noe et la chanteuse Nicole Wray. Aussi alléchant soit-il, on regrettera que ce casting soit si marqué par New York et surtout composé de vieux rappeurs confirmés, il aurait été agréable de découvrir plus de jeunes artistes, parce qu'à par la chanteuse et Noe (dont la réputation de sous-Jay-Z n'est pas usurpée), on connaît plus ou moins tout le monde. Et puis la pochette est d'un affreux de mauvais goût.

Un casting impressionnant pour un résultat décevant ? Une fois n'est pas coutume, pas du tout. Les MC's se montrent tous d'un très bon niveau avec de nombreux temps forts et surtout les Black Keys montrent un énorme talent, offrant des productions riches et diverses, parfaitement adaptées aux voix, mélodiques et agréables, sans oublier d'être parfois plus pêchues (« Coochie »). L'album, court, passe merveilleusement, un vrai plaisir auditif avec quelques tentatives intéressantes comme l'étrange « Tellin' me things » de RZA, qui sera loin de faire l'unanimité. Mais là se situe le plus gros défaut du disque : le rendu est très propre et policé, il manque un élément de folie et d'expérimentation (dont les Black Keys sont clairement capables) qui donne une impression d'inachevé. A la fin de l'écoute, il reste un gout de trop-peu, ce petit quelque chose qui aurait fait de « Blakroc » un disque indispensable alors qu'il ne reste qu'un bon disque.




(p)&(c) Achim Shark 2009