mercredi 26 août 2009

Fayçal « Murmures d'un silence »

Fayçal est un jeune artiste bordelais dont je ne savais rien jusqu'à il y a peu. Je l'ai découvert grâce au rapapodcast qu'a fait Miles, le #02, (comme quoi ça sert !) où apparaissait le titre « Les vestiges de ma vingtaine ». Le titre m'ayant particulièrement plu, tant par le texte que par l'instru, je commençai à farfouiller dans les bacs à la recherche d'un possible album et je trouvai ces « Murmures d'un silence », qui plus est à un prix raisonnable et l'achetai. Je couru chez moi et posai le disque sur ma platine. Une mélodie douce et bien connue s'échappa de mes enceintes accouplée à des textes travaillés et poétiquesqui m'emportèrent alors pour une trentaine de minutes dans un univers mélancolique et apaisant.

Comme le laisse entrevoir la pochette, les « Murmures d'un silence » sont la porte d'entrée du monde de Fayçal, un monde intimiste empreint de mélancolie mais pas vide d'espoir, tout comme les nuages gris laissent filtrer la lumière. Le flow du MC n'est pas très original et rappelle par certains côtés des rappeurs comme Koma (en 98), Amara ou Hugo, néanmoins, il reste agréable et ici, le plus important ne se situe pas là. Il se situe dans une écriture très soignée pour des textes empreints de sincérité, d'humilité et de poésie. Et cette plume est sublimée par des instrus très mélodiques signées par VII sauf « Questions d'amour et d'espoir » signée par 2FCH et VII.

L'album commence donc par « Les vestiges de ma vingtaine » où Fayçal fait un bilan de ses vingt premières années. Parfaite introduction, le titre nous permet d'entrer dans l'univers du MC et ainsi de mieux le comprendre. On découvre quelqu'un de humble et simple sans esbroufe ni attitude, le genre de rappeurs qu'on aimerait entendre plus souvent ! Comme je l'ai déjà dit l'instru est excellente et totalement hypnotisante.

S'ensuit « Impression d'oppression... » où il dépeint par petites touches à la manière d'un peintre impressionniste le mal-être de la société française « Hexagone 2006, il n'y a plus grand-chose d'idyllique : rien qu'une Babylone biblique ». Même si au final on a déjà entendu tout ça, le talent d'écrivain du MC en fait un morceau intéressant. « Bruce » avec Drago et Djé est en fait un hommage à un de leurs amis communs, Bruce qui est décédé. J'avoue que généralement j'ai du mal avec ce genre de titres qui tournent vite en un larmoiement collectif lourdingue et qui par trop d'insistance perd tout sentiment. Mais ici l'écueil est évité, notamment grâce à une très belle instru mélancolique sans être larmoyante (on y revient). Les rappeurs (d'un niveau variable) offrent eux un texte agréable empreint de sentiments vrais.

L'apparition de 2FCH aux côtés de VII pour « Questions d'amour et d'espoir » n'altère en rien la qualité des instrumentaux, ceux-ci faisant un sans faute, pour un titre bien sympathique où la présence de guests permet de changer un peu et de ne pas se lasser du phrasé de Fayçal. « L'introversion », le titre qui suit est, comme vous l'avez deviné, une introspection du jeune bordelais et l'expression « murmures d'un silence »prend tout son sens pour un titre magnifique à découvrir par soi-même.

« Lettres d'un héros », ou la correspondance sur une trentaine d'année entre un immigré algérien en France à sa famille restée au pays retrace en filigrane l'histoire de la famille du MC (enfin surtout celle de son père). Mais au-delà de l'autobiographie beaucoup d'enfants d'immigrés pourront reconnaître le destin de leurs aïeux entre espoirs, déceptions, tristesses et joies. C'est certainement le meilleur titre de l'album, loin d'un quelconque misérabilisme mais proche de la volonté d'honorer un héros, son père.

Suit « Un oeil sur la planète ». Le thème est assez banal, l'état du monde et le pouvoir des médias, le titre n'est pas extraordinaire mais se laisse bien écouter. A noter le texte à l'écriture complexe de Mister Watson bien que personnellement je n'ai pas beaucoup aimé son flow. S'ensuit un titre étrange « Vivants mortels » où le rappeur nous rappelle qu'au-delà des barrières que nous nous dressons entre nous, nous sommes tous des êtres humains voués au même destin : la mort. Fayçal arrive à raconter tout ça sans la moindre once de glauque aidé par une instru légèrement enjouée.

Généralement lorsqu'un titre est composé d'un grand nombre d'invités on a droit à une suite d'égotrips de niveaux variables et n'apportant rien de bien intéressant. Mais Fayçal sait ce qu'il veut pour son album et évite l'écueil avec le « Boulevard des Misérables » où chaque MC nous décrit un personnage de ce boulevard, qu'il soit prostituée, clochard, proxénète, drogué, sans-papier... Le niveau des rappeurs est très inégal mais la cohésion du titre laisse un titre agréable. « Grandeurs et décadences » clôture magistralement l'album dans un puzzle de mots et de pensées nourri de nombreuses références mythologiques, culturelles et historiques.

Au final, Fayçal nous offre un très bon album, aux instrus soignées et à l'écriture profonde. Une unité d'ambiance qu'on peut aussi lui reprocher, par trop calme et trop semblable. « Murmures d'un silence » n'est pas taillé pour faire exploser les boomers de la voiture et encore moins du club mais il est parfait pour les nuits solitaires de l'automne, larme à l'oeil reflétant la pluie derrière la fenêtre embuée.





(p)&(c) Achim Shark 2009

L'expansion impériale a obtenu des résultats certainement inférieurs aux espérances.

samedi 22 août 2009

Les ZOtres n'ont qu'à bien se tenir

Les gens n'achètent plus de disques ?
La qualité n'est plus un critère ?
Internet a tué la musique ?

OK, on fonce.


Et tout ce qu'on peut dire que Lartizan a eu bien raison de se baser sur cet axiome pour fonder son label LZO records d'autant qu'il y a toujours des gens qui achètent des disques.

Enfin il y a moi quoi.

Et profitant d'un afflux de richesse suivant un mois de travail acharné (si si) j'ai été heureux de piller le shop en ligne de LZO et lorsque j'ai reçu le fruit de mes pillages j'étais encore plus heureux parce qu'en prime de mes achats j'avais droit à quelques stickers (dont un qui a gonflé l'égo de tous les Rapanizationneurs, en particulier Taiji), flyers et pages du Monde.

Mais surtout j'ai reçu tout un tas de disques très très excellents en plus à un prix abordable (et sans frais de port hein !), j'en chroniquerai peut-être quelques-uns à l'occasion, qui sait ? (et qui s'en soucie ?). Toujours est-il que ça m'a renforcé dans mon idée que si après une catastrophe bénéfique tous les labels Hip Hop devaient fermer leurs portes et tous les rappeurs français pointer au Pôle Emploi en exceptant un seul et unique label, ce serait sans hésiter LZO le label qu'il faudrait rescaper. Il faudrait juste qu'ils signent La Caution, James Delleck, Rocé, Aelpéacha et -soyons fous- Booba en plus dans ce cas-là.

Et le rap s'en porterait des millions de fois mieux.





(p)&(c) Achim Shark 2009

Gonfleur d'égo(quoi quoi il y a des fautes ?)


Many things have changed

jeudi 20 août 2009

Jay-Z « The Black album »

Un vrai bon album pour un mauvais faux départ.

Au-delà du mauvais jeu de mot je pourrais résumer ainsi le supposé dernier album de Shawn Carter. Certainement le meilleur coup marketing de l'histoire du rap, cette brève période où Hov voyait tout en noir, les livres (« The black book »), les DVD (« Fade to Black ») et même les téléphones ! Tout de même, quand le meilleur MC mainstream prend sa retraite anticipée ça fait du bruit, du buzz, des produits dérivés et beaucoup de sous !

Nous pouvons nous perdre dans des suppositions et des débats sans fin : Jay-Z voulait-il vraiment partir où n'était-ce qu'un coup marketing de génie de Roc-a-fella pour faire revenir les projecteurs sur Jay après un « Blueprint 2.0 » décevant et inégal ? Nous ne le saurons jamais, revenons donc à la musique, ce qui nous intéresse vraiment.

Au début de la conception de l'album Jay-Z disait vouloir 14 producteurs différents pour 14 titres. Finalement il y en aura 10 pour 12 titres plus 2 interludes produites par Just Blaze. Qui sont donc les heureux élus ? Certains ne sont certes pas une surprise, les producteurs maison du Roc-a-fella, Just Blaze et Kanye West, sont évidemment présents ainsi que quelques pointures, Timbaland qui casse la baraque avec un « Dirt off your shoulder » barré, The Neptunes, au top à l'époque, Rick Rubin, Eminem ou encore 9th Wonder. La présence d'autres étonne un peu plus comme DJ Quik (et son très bon « Justify my thug ») et des producteurs inconnus (du moins pour moi) : The Buchannans et Aqua&Joe « 3H » Weinberger qui réalisent le très bon « My first song ». Les instrus oscillent entre le très bon et l'excellent si on excepte le pas très inspiré « Lucifer » de Kanye West aux accents reggae et le r&b gluant d' « Allure » des Neptunes. Je pense alors à certains noms qui auraient pu être contactés, DJ Premier en tête.

Malgré cette abondance de producteurs et donc d'ambiances, Jay-Z nous livre un album étonnamment homogène et très très agréable à l'écoute. Son flow est toujours impressionnant et lie tout l'album noir du bonhomme. Lyricalement, ça reste du Jay-Z, beaucoup d'égotrip, d'attitude, de street... Ce n'est très profond dirons-nous, malgré tout l'homme perce parfois sous la carapace du MC, sur « December 4th » où sa mère apparaît pour un titre biographique et surtout l'excellent « Moment of clarity » excellemment produit par Eminem. Là, Shawn Carter se livre carrément, parlant de son père absent et de la colère qu'il eut longtemps à son encontre. Il assume aussi ses défauts et qu'il se soit laissé guider par l'industrie musicale sans trop réfléchir à ce qu'il disait pour prendre de l'argent, s'il avait fait autrement « I would lyrically Talib Kwali ». Mais honnêtement en tant que francophone, l'absence de lyrics super-sensés ne me gène pas du tout (et puis il ne dit pas que des conneries non plus, le pauvre).

Sur quelques titre (« What more can I say », « Encore ») le MC explique sa retraite, mais les titres vraiment marquants sont le traumatisant « 99 problems » à l'instru rock bien violente et super kiffante de Rick Rubin, un titre très street où Jay-Z se lâche, notamment sur les flics contant un contrôle ( « Son do you what I'm stopping you for ?/Cause I'm young, I'm Black and my bass is too loud ») ainsi que le merveilleux « « Dirt off your shoulder », un égotrip génial poussé par une instru aux synthés tiraillés à l'extrême dans tous les sens. Le résultat est inimitable et indescriptible mais en rendra fou plus d'un.

Mais les excellents titres ne manquent pas, « My 1st song », « Moment of clarity », un « Justify my thug » relevé ou encore le génial « Threat » qui part d'un thème vu et revu (genre « t'as vu quoi, vous tous rappeurs de mes deux, vous faites genre vous me menacez mais v'là quoi vous faites que dalle ! Jouez pas avec moi, vous ne savez pas ce que vous faites pasque moi j'suis trop vrai ») mais l'instru et le flow sont si bons que ces faiblesses passent à la trappe.

L'album se finit ironiquement par le très bon « My 1st song » où Jay-Z s'essaye à succès un flow plus haché, speed et brutal qu'à l'habitude. On le sait aujourd'hui, ce départ en grande pompe était du flan et n'a fait que préparer un retour en grande pompe aussi. A l'écoute d'albums comme « American gangster » on ne lui en voudra pas ! Mais ce « Black album » reste toujours très bon et un des classiques de la discographie de Hova même s'il reste à mon avis un chouia inférieur au « Blueprint ».





(p)&(c) Achim Shark 2009

Qu'y a-t-il de pire que deux bébés dans un sac poubelle ?
Un bébé dans deux sacs poubelles.

mardi 18 août 2009

Eminem « Relapse »

« Je suis le même hier, aujourd'hui et à jamais » pourrait dire Eminem paraphrasant la Bible et ce faisant le blondinet de Detroit exprimerait en même temps la plus grande qualité et le plus grand défaut de son nouvel album, « Relapse ». Commençons positivement par la qualité : Eminem était un des meilleurs rappeurs au monde par son flow et son écriture complexe et il l'est toujours ! Et comme d'habitude on a droit à une avalanche de techniques inédites plus psychotiques et jouissives les unes que les autres. Pour le défaut, c'est qu'on ne découvre rien de nouveau, les thèmes et les ambiances sont les même que d'habitude, on parle de sa maman, de l'Amérique avec quelques titres dance floors, de l'égotrip, un peu de rock, des tubes et une poignée de titres plus calmes et intimistes.

Vous l'aurez compris, l'album est bien plus intéressant sur la forme (en cela son meilleur album) que sur le fond (on est loin du « Slim Shady LP »). Mais l'argument béton du disque c'est l'omniprésence d'un Dr Dre en grande forme derrière les machines, excepté l'excellent « Beautiful » produit par Em' lui-même. « Relapse » ne révolutionnera certainement pas le Hip Hop mais au moins il passe tout seul pour une heure de plaisir rapologique.





(p)&(c) Achim Shark 2009

Miami ment

vendredi 14 août 2009

Rapapodcast #17

Les rapapodcasts sont des playlists (principalement rap) visant à faire découvrir des nouveaux artistes ainsi que des titres phares du Hip Hop. Elles sont présentées à titre gratuit dans un but promotionnel sur le site www.rapanization.com. Je mettrai sur mon blog les rapapodcasts que je réaliserai moi-même. Si vous disposez des droits d'un morceau ou êtes un représentant des ayant droit et que vous souhaitez la disparition d'un morceau, écrivez-moi à achim_shark[at]hotmail.fr.


Yeah yo, un nouveau rapapodcast agréable comme une ballade en voiture mais dans le coffre ! Certains observateurs auront remarqué que le dernier Rapapodcast était le 12, ce qui peut paraître étrange mais c'est tout simplement dû au fait que nous sommes plusieurs à en faire. Je vous recommande d'ailleurs plus que chaleureusement à prêter une oreille attentive aux numéros 13 à 16 car ils sont très très bons. Tout d'abord le doux #13 concocté par Phonky Honky qui comme d'habitude nous gratifie d'une tracklist impeccable, avec son lot de raretés et de découvertes accompagné d'un agencement et d'un enchaînement excellent. Quand j'entends les podcasts de Phonky, je me dis qu'il a quelques siècles d'avance. Le #14 est également un produit labellisé Honky pour une sélection plus patate avec son lot de classiques et de nouveautées. Le #15 voit l'avènement d'un nouvel espoir rapapodcastien : Taiji qui se dépucèle du podcast avec une facilité déconcertante pour première sélection 100% francophone du meilleur effet avec des titres plus ou moins anciens mais loin d'être obsolètes ! Le #16, toujours par Taiji met en exergue le talent de beatmaker et de DJ de Logilo, qui le mérite amplement. Les beats sont fats, les rythmes envolés, un bijou de podcast !

Je me permets également de rappeler à ceux que ça intéresse que le concours initié il y a quelques semaines ici est toujours d'actualité même si personne n'y a prêté attention. Alors, c'est tout simple, vous lisez le titre de l'article, ça vous rappelle la phase d'un MC français de grand talent, vous mettez son nom dans un commentaire en justifiant à peu près sans oublier votre adresse mail. Et ensuite que ce passera-t-il ? Si vous êtes le premier à avoir raison, vous gagnerez un t-shirt au choix disponible sur le Rapanizashop. N'est-ce pas génialissime ? Ca l'est. Et ça le restera jusqu'au 31 août.

Et hop je suis d'humeur jokeuse aujourd'hui, je vais donc vous conter une blague. C'est l'histoire d'un homme qui décide pour faire plaisir à son épouse et la remercier de tout ce qu'elle a pu lui apporter de lui dire un compliment différent chaque jour en rentrant du travail. Il commence donc et la remercie pour la bonne influence qu'elle a sur leurs enfants, sur la bonne tenue de leur foyer, de ses conseils avisés et ainsi de suite. Un jour, rentrant de son travail son épouse vient l'embrasser et avant qu'il n'ait dit quoi que ce soit elle lui dit : "J'ai remarqué ce que tu fais et je t'en remercie. Mais je n'ai pas besoin de ça, j'aimerai juste que tu me dises que je suis belle." "Tu veux que je mente ?!?"

Moralité : Aller aux mariages des gens m'inspire des blagues encore moins drôle que d'habitude. Alors, n'allons pas aux mariages, écoutons du bon son !

Rapapodcast #17 :

01 - La Rumeur - Je connais tes cauchemars (2002)
02 - La Moza - Nuit noire (2008)
03 - Flo Rida & T Pain vs Nikkfurie - Low (Wanabi mash-up) (2009)
04 - Octobre Rouge - 75000 (2007)
05 - Guru feat. Roy Ayers - Take a look (at yourself) (1993)
06 - Psykick Lyrikah - L'éclair (2008)
07 - Blaq Poet - I-gitting (2009)
08 - Idéal J - Si je rappe ici (1998)
09 - Bishop Lamont feat. Vanessa Marquez - Personal chauffeur (2008)
10 - Le Pingouin - Grenier (2008)
11 - Grandmaster Flash & The Furious Five - The message (1982)
12 - James Delleck vs DJ Shadow - Minuit dans un monde étranger (Achim Shark mash-up) (2009)



rapapodcast #17.mp3

durée : 46mn 05s


Une petite statue pour un grand homme.



(p)&(c) Achim Shark 2009

C'est comme une ballade en voiture mais dans le coffre

mercredi 12 août 2009

Les Gourmets « Soyons sales »

Depuis quelques temps les Gourmets, c'est la petite bête qui monte tranquillement mais sûrement dans les affres de l'underground grâce à une avalanche de concerts et une certaine productivité. Fruit de leurs nombreuses collaborations et d'une évolution musicale perceptible depuis « Trop jeunes pour mûrir » (souvenez-vous « Dirty dancing » !) ils nous proposent un EP digital 9 titres : « Soyons sales » dispo légalement un peu partout sur le net.

Commence donc « Soyons sales », seul titre 100% Gourmets qui donne l'ambiance générale du skeud. Le son, produit par les talentueux Bonetrip's et Tcheep a totalement viré vers l'électro-crunk survolté sans être aussi extrême que « Ni dieu ni maître » de la Spirale. Le titre (et l'EP en général) est fait dans le seul but de faire bouger les têtes et les corps. Les textes sont travaillés dans la forme mais le fond reste assez creux, pour le coup les Gourmets viennent squatter chez un type, pillent son frigidaire et emmènent sa copine dans les sanitaires.

Bonetrip's et Tcheep sont assez bons pour faire ressortir la musicalité de leurs synthés, malgré tout cela peut devenir lassant au bout de 45 minutes. La seconde chose marquante du skeud est l'omniprésence de guests d'horizons très divers avec, en bloc, le Vrai Ben, Sept, Radioinactive, Seth Gueko, Carmen Maria Vega, Grems, Existerio et beaucoup d'autres. Malgré tout le EP reste assez homogène, les invités s'adaptants à l'univers des Goumets plutôt que l'inverse.

On a l'occasion de le remarquer dès le second titre, « Lèche vitrines » avec H et Dictate. Appuyé par de nombreux scratches le beat est plus fat et violent que précédemment mais l'ambiance reste sensiblement la même. Le thème est déjà vu mais reste frais avec un peu d'humour contre ces filles qui recherchent deux qualités chez leurs hommes : (1) un porte-feuille bien rempli et (2) prêt à s'ouvrir. Ca reste assez caricatural (sans être tout à fait faux) mais terriblement jouissif ! L'exercice de style suivant « Sèche tes larmes » suit le modèle musical de ses prédécesseurs. Il est basé sur la phase de Snoop dans « Lodi Dodi » (il me semble) « Don't cry/Dry your eye ». La prestation de Fayce le Virus est décevante et celle du Vrai Ben trop courte malgré quelques bonnes punchlines : « C'est le Vrai Ben, c'est les Gourmets, sors de ta bulle/C'est le nouveau son qui tue les vieux encore mieux que la canicule ! ». Ca se laisse écouter mais la similarité des instrus commence à fatiguer.

Seth Gueko vient prêter main-forte aux lyonnais dans « Rois de la jungle ». L'instru est beaucoup plus sombre et oppressante et crée un heureux contraste avec ses prédécesseurs. Le titre se laisse écouter bien qu'il n'en sorte rien de spécial au final.

« Garçons facile » (avec Grems et Sept) est mon morceau préféré du EP. L'instru est basé sur une ligne de basse bien groovy et le texte plein d'humour présente l'autre côté du sempiternel morceau sur les meufs : des mecs affamés ! « Salopes, plutôt garçons faciles/Le jean est bas et la couleur du caleçon attire/On a le porte-feuille à la main [...] Traite la féminité comme un morceau viande/Mais t'es plein de timidité quand son corps se cambre [...] Je peux mettre ma tête dans ta choune ?/Je me suis rasé le crâne [...] C'est le retour des hommes faciles/Qui pour séduire comptent sur le facteur chance/Et ne se fient qu'à leurs sens... », le tout est parfaitement résumé par le refrain de Sept : « Dégénérés, obsédés par la pénétration à l'huile/On a été élevés à la frustration tactile/Parés à t'allécher dans toutes les situations ma fille/On est des garçons faciles ! ». C'est sûr, ça ne vole pas très haut, mais c'est fun ! C'est d'ailleurs l'ambiance de l'ensemble du disque, fun mais ça ne vole pas très haut, sa qualité et son défaut, ce pourquoi on aime ou pourquoi on déteste.

« Comme un plein temps » est le seul son non-produit par Bonetrip's et Tcheep. Nil sert une instru très électro assez fun avec une intro samplant l'apparition de Kid Rock dans les Simpson, un « Are you ready to rock ? » enflammé qui met direct dans l'ambiance. Les 3 MC's expliquent alors qu'ils « ne font pas semblant » et que s'ils arrivent à avancer dans leurs carrières c'est dû à leur implication et leur travail, motivant les jeunes à faire de même des efforts pour réaliser leurs rêves. « Là-bas » avec la chanteuse de leur label, Carmen Maria Vega a le mérite de changer radicalement d'ambiance avec titre assez calme se basant sur l'idée que nous ne sommes pas seuls dans l'univers. Par voie de conséquence, nous devons (en tant qu'êtres humains) être humbles quant à nos capacités et notre intelligence (d'après ce que j'ai compris). Honnêtement, ce titre ne m'a personnelement pas du tout convaincu et me paraît un peu téléphoné.

Viens pour clôture la « Cypher version » et le remix de Ddamage rebaptisé « Stay dirty now ! » du morceau titre avec beaucoup de guests américains (et pas des moindres). Si le premier reste supportable, il finit par ennuyer avant la fin des 7 minutes, quant à son successeur il ne fait que confirmer ce sentiment de lassitude (8 mn 30 c'est long !). Pourtant les MC's ricains nous offrent de superbes prestations mais ça ressemble trop à tout ce que l'on vient d'entendre pour qu'on y fasse attention.

Au final, un EP avec pas mal de qualités par un groupe talentueux mais qui souffre cruellement de redondance (surtout au niveau des instrus). Agréable à écouter de temps en temps, il en devient vite horripilant passé en boucle.





(p)&(c) Achim Shark 2009
Les Gougous règnent en maîtres juste là là ! (Attention aux imitations)


« Crise de vie constante »

lundi 10 août 2009

Egotriste

J’étais de ceux qui croyaient que l’amitié durait à jamais. Mais elle se terminait avec le lycée. Okay ! On ne va pas pleurer, je me dis que si tu me hais c’est sûrement dans mon intérêt et maintenant je sais : l’amitié je n’ai rien à en espérer. Alors cesse de me fatiguer, je le suis déjà assez, je parle de ma tête et pas mon corps, okay ? Si je ne réponds pas peut-être que je t’imagine en macchabé, qui sait ? Je te plais, je le sais, je suis frais, okay ! S’il m’arrivai d’être chauffé par des jolies filles je ne serai pas étonné. Le seul problème est que cela ne m’arrive jamais. Il y a un bouchon dans mes idées, mon cerveau est bloqué, je crois que je vais caler ma tête sous pierre taillée et ne comptez pas sur moi pour me relever. Parfois j’ai envie de m’épancher mais mon penchant fait que je penche de l’autre côté. Quoi ? Tu en as assez ? Je ne t’ai pas demandé de rester, tu sais ? Alors reste à l’écart de mes insomnies. Je ne sais pas pourquoi j’écris, en tout cas ne crois pas que c’est un cri. Je suis juste un petit bourgeois qui n’attend rien de la vie, n’a personne dans son lit et le dit sur son blog que jamais personne ne lit. Peut-être que je te déçois, excuse-moi, mais je ne m’en excuse pas. Sache que je n’en ai rien à faire de toi comme je n’en ai rien à faire de moi. Si je n’ai pas confiance en toi c’est que je n’en espère pas plus de moi, lâche-moi.

My mind is a pipe line of rhymes. Even if I have money in my mind, I still don’t have a gun in my hand. All MCs search money, their only honey. They look like bees and I’m Maya the bee. Jeez, maybe that makes me a Nazi transsexual. Screw it pal, maybe my life worth less than butter but don’t think yours is better. My writings seem bitter and my face smiler. I haven’t goal or quest because I’m already the best : Achim Shark, too sweet to be a MC.

Laisse-moi dans mon coin ou jette-moi des parpaings. Je ne sens plus rien quand sur mon cœur je passe ma main. File-moi un flingue ou du valium, respirer me fait des crampes dans le sternum. Je ne suis qu’un gnome qui se prend pour un homme, 22 années pour rester un môme toujours prêt à en donner le minimum. Faut-il payer pour qu’on s’occupe de mon phallus ? Peu m’importe de mourir avec mon prépuce. Ma puce, tu es bouche-cousue dans ta courte jupe. J’ai la patte d’un ours, elle est douce et t’écrase avec le pouce. Mes récits sont beaux comme des requiem, si je pense de la mort c’est plus de la tienne que de la mienne ma vieille. Pas de veine je méprise l’espèce humaine, c’est certainement pour cela que tu m’aimes tant. Mon alter-ego a le tort d’aimer tout le monde, c’est certainement pour cela que tu le hais tant.

You want the truth ? You can’t handle the truth ! The truth about me is that I’m nor attractive, nor funny, nor brilliant, nor smart. I’m just good to be thrown in a pit where people will throw peanuts and spit on me. And you know what ? I don’t care. My heart is broken since a long time but it doesn’t hurt me anymore. Why ? Because inside it’s just a hole and everything is buried inside, even my soul was taken in this black hole and now, I’m just a living dead in a dead world. I have no hatred, no love, no pain, no joy. I like walking in dark streets during the night, that’s the only time someone is noticing me when I cross the sidewalk of a whore looking for a customer. But her attitude change quickly when she see I ain’t got money. I’m just passing , sis, do your work, I don’t want sex, my life is already at its worst, leave me walking alone in the dark, I’ve got no reason to live and no reason to die.

J’erre sans but dans les rues comme dans la vie. Je n’ai envie de rien comme j’ai envie de tout, parfois une envie de mourir cache juste une envie de vivre.





(p)&(c) Achim Shark 2009
illustrations tirées de Gai-Luron par Gotlib


On crève l'abcès ou on crève la psy ?

samedi 8 août 2009

Pollution internestique

Il y a de cela quelques temps, LZO records a mis à disposition les acapellas de l'album « Le jeu du pendu » de Sept&Lartizan pour un concours de remixes. Evidemment je n'allais pas louper l'occasion de gâcher le talent de Sept et de polluer un peu plus le net de pseudo-créations inutiles en faisant un bootleg comme je l'ai fait pour Iraka 20001. Mais ce coup-ci le MC a rencontré le route de l'excellent groupe Le Pingouin qui ont eu la malencontreuse idée de laisser une plage instrumentale sur leur très bon album « Hyper urbain ». Alors voilà, si ces messieurs veulent se plaindre je leur répondrai qu'ils ont donné le bâton pour se faire battre (ou les moyens pour se faire saccager, plus prosaïquement).

Voici donc le nouveau mash up sorti du fouillis de mes bidouillages : « Désintégration malchanceuse » qui reprend « Désintégration » de Sept&Lartizan sur l'instru « Malchance » du Pingouin. Je dis bien mash up grâce à Phonky Honky qui tel un guide spirituel illuminé par la Connaissance m'a enseigné que dire « bootleg » est un abus de langage et est en réalité l'appellation générique pour l'ensemble des morceaux non-officiels d'un artiste. De ce fait les mash ups ne sont qu'une espèce de bootlegs parmi une faune innombrable et quant à parler, autant être précis. Grâce à Phonky petit à petit je m'instruis, merci Honky !

Sept&Lartizan VS Le Pingouin - Désintégration malchanceuse






(p)&(c)Achim Shark 2009
illustration tirée de Robin de l'île par Dobritz


I wanna date her.

jeudi 6 août 2009

Première épître des elders aux écrivains des lettres mortes

CHAPITRE 1


1 Au commencement était la boîte aux lettres et la boîte aux lettres était vide de lettres.
2 Les missionnaires dirent : Que la boîte soit pleine ! Et la boîte ne fut pas pleine.
3 Les missionnaires virent le vide et virent que ce n’était pas bon.
4 C’était le premier jour de la semaine et il n’y avait pas de courrier distribué.
5 Le second jour le courrier fut distribué mais la boîte resta vide.
6 Oui, même du second jour au septième jour le courrier fut distribué.
7 Néanmoins la boîte resta vide.
8 Et il arriva que des ténèbres épaisses sortirent du vide et entourèrent les missionnaires et leur apportèrent beaucoup de tristesse dans leurs journées autrefois joyeuses.
9 Même les longues heures de porte-à-porte infructueuses, attaqués par les oiseaux du ciel et poursuivis par les bêtes du sol n’étaient pas aussi décourageantes que l’absence de ces objets bénis appelés lettres.
10 Néanmoins ils persistèrent.

CHAPITRE 2


1 Et, le second jour de la seconde semaine, les ténèbres encerclaient la boîte aux lettres.
2 Et, le troisième jour, des profondeurs du vide sortit une unique carte postale.
3 Et de cette carte postale sortit un rayon de lumière qui perça l’obscurité et surmonta les ténèbres.
4 Et les missionnaires furent heureux, et ils eurent beaucoup de joie.
5 Mais, hélas, leurs exclamations de joie furent en vain car la carte postale était pour quelqu’un d’autre.
6 Or, si leur joie fut grande avec cette seule lettre adressée à quelqu’un d’autre, comme elle aurait était grande si elle avait été pour eux !

CHAPITRE 3


1 Insensé qui dira : Une lettre, une lettre, nous avons écrit une lettre et il n’y a pas besoin d’écrire davantage de lettres.
2 Ne savez-vous pas qu’il y a plus d’un jour et plus d’un événement par jour ? Pourquoi pensez-vous que certains événements n’ont pas besoin d’être rapportés ?
3 Oui, et vous n’avez pas à vous inquiéter que vos lettres resteront sans réponse.
4 Mais vous devriez dire : J’irai et j’écrirai la lettre que le missionnaire a commandée car je sais que le missionnaire ne donne pas de commandement sans préparer une réponse rapide.
5 Et nous vous donnons la parabole des enveloppes déjà adressées.
6 Un missionnaire, partant pour un pays lointain, appela ses amis et leur remit des enveloppes déjà timbrées et adressées.
7 Il en donna cinq à l’un, deux à l’autre et une au troisième, et il partit.
8 Aussitôt celui qui avait reçu les cinq enveloppes écrivit cinq lettres et dans son zèle en écrivit cinq de plus.
9 De même, celui qui avait reçu les deux enveloppes écrivit deux lettres et ensuite deux lettres de plus.
10 Mais celui à qui l’on avait donné une seule enveloppe déjà timbrée et adressée devint paresseux et négligent et il perdit son enveloppe, celui-là même qu’on lui avait donné.
11 Longtemps après le missionnaire revint et alla avec ses amis.
12 Celui qui avait écrit les dix lettres fut très heureux.
13 De même que celui qui en avait écrit quatre.
14 Mais celui qui n’en avait pas écrit une seule ne put que lui serrer timidement la main.

CHAPITRE 4


1 Et le missionnaire dit à son ami : M’aimes-tu ?
2 Il lui répondit : Oui, tu sais que je t’aime. Le missionnaire lui dit : Remplit ma boîte aux lettres
3 Il lui dit une seconde fois : Ami, m’aimes-tu ? L’ami lui répondit : Oui, tu sais que je t’aime. Le missionnaire lui dit : Remplit ma boîte aux lettres.
4 Il lui dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? L’ami fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui répondit : Tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Le missionnaire lui dit : Remplit ma boîte aux lettres.
5 Toute la correspondance est pour vous comme les mots d’une lettre cachetée que l’on donne à un homme qui ne sert pas de mission en disant : Lis donc cela ! Et qui répond : Je ne le peux car elle ne m’est pas adressée.
6 Et la lettre est donnée à celui qui sert une mission en disant : lis donc cela ! Et qui répond : Bien sûr !
7 C’est pourquoi vous pouvez accomplir une œuvre merveilleuse pour un missionnaire, même une œuvre merveilleuse et un prodige en écrivant une lettre.



On a beau dire, être missionnaire dans les îles ça ressemble peu à ça



(p)&(c)Elders de la mission de San Antonio (Texas) 2000
traduction : Achim Shark 2006
peinture réalisée par quelqu'un de talentueux dont j'ai égaré le nom


Brigham Young is my main man cause he brought the pioneers to the promised land. I wish I could've seen old Brigham's face when he said "Yeah baby, this is the place!"

mardi 4 août 2009

0 800 « Rock n’roll »

« Surtout ne juge jamais un disque à sa pochette » nous disait Alcide H. Avec ce premier album du jeune groupe bordelais 0800 je me suis rendu compte qu'il n'avait pas tort. En effet, je l'avais d'abord choisi pour sa très belle pochette en m'attendant à un disque expérimental et barré un peu comme « Ceci n'est pas un disque ». Finalement la similitude avec TTC s'arrêtait à la pochette et je me suis retrouvé avec un LP bien plus terre-à-terre mais néanmoins original pour une agréable surprise.

A croire qu'avec 0800 il ne faut se fier à rien puisque le titre de l'album (« Rock n'roll ») ne se retrouve pas dans les instrus qui sont finalement plutôt influencées Dirty South. Mais attention, Sapritch (qui produit les 15 titres) ne fait pas ça parce que c'est la mode, il le fait parce que c'est ce qu'il aime et ça s'entend. On sent son talent, son oreille et son doigté tout au long du disque avec des instrus très agréables et variées, plus proche d'un OutKast que d'un Timbaland, c'est-à-dire, plus harmonieuses, plus riches et plus Hip Hop. Elles sont parfois l'intérêt principal de certains titres (« Juicy fruit », « I don't mind »), les flow des MC's n'étant pas toujours excellents (quoique parfaitement écoutables). Si je me permettai je qualifierai presque Sapritch « le Dre 3000 français ».

Comme je l'ai dit plus haut, les flows ne sont pas géniaux, plutôt banaux en fait, et constituent le plus gros bémol, mais le trio se rattrape par son écriture fine, sincère et pleine d'humour offrant une vision fraiche et originale sur des thèmes assez classiques (la vie en général et en cité, l'Etat, le Hip Hop...). On s'en rendra compte sur les excellents « Efficace », « Choses vraies », « Tant pis », « Béton boulouze » ou« Hexagone ». Pour leur premier album les 0800 nous servent un produit carré, musicalement et lyricalement attrayant seulement gêné par quelques titres un peu poussifs et vite lassants (« Partis pour brûler », surtout et « SOS suicide MC » aussi, mais un peu moins, sauvé par l'humour). Un album agréable et positif, résolument Hip Hop.





(p)&(c) Achim Shark 2009
0 800 sur le net



Les paroles s'oublient et les écrits s'envolent quand il y a du vent

dimanche 2 août 2009

Ca m'inquiète moins que les strings pour hommes

Il y a de cela quelques jours j’étais comme tout bon mouton citoyen en train de regarder le journal télévisé sur France 3 et je fus surpris. Surpris, en effet, lorsque l’on m’annonça que les RG avaient comptabilisé le nombre de femmes portant la burqa (ou voile intégral) en France. Ce sont-ils penchés sur le nombre de juifs circoncis en France ? La police a donc si peu de choses à faire qu’elle se met à remplacer l’INSEE et faire des statistiques ? Peut-être se demande-t-elle si ce sont ces dames-là qui ont braqué (pas très bien) un Super U ? Soyons sérieux quelques instants, voyons !

Toujours est-il que désormais c’est officiel, il y a 367 femmes qui portent la burqa en France et le pays des Droits de l’Homme se sent le besoin de numériser ses citoyens qui sortent un tant soit peu de la norme. Suite à cela venait l’interview éclairée d’un élu des environs de Lyon fervent défenseur d’une législation pour interdire ces dames à vivre leur religion tel qu’elles l’entendent. Ce brave homme déclarait (en substance) : « Ce n’est pas une histoire de nombre. Le fait est qu’avant il n’y en avait pas et aujourd’hui on en voit. Ceci est inadmissible, c’est une histoire de principe. »

Quel principe ? C’est la question qui m’a taraudé après la vision de tant de stupidité avouée. Le principe de « Il n’y en avait pas avant ? » Avant il n’y avait pas d’i-phones, pas d’internet, pas de voitures, pas de Coca-Cola, pas de nains à l’Elysée, pas la pilule et surtout pas la liberté de religion, peut-être est-ce à cela que ce cher monsieur veut revenir ?

Quel principe ? La question est toujours en suspends et certains essayent d’y répondre dans un brouhaha de mots et de réflexions plus ou moins intolérantes. Là j’entends « laïcité ». D’accord, parlons laïcité, mais parlons-en bien. Le premier article de loi sur la laïcité de 1905 (toujours en vigueur) nous dit ceci « [La République] garantit le libre exercice des cultes ». Certes le second nous dit que « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » mais cela juste pour marquer une neutralité de l’Etat qui n’est sensé ne promouvoir aucun culte. Pour garantir le libre exercice des cultes l’Etat aide aux construction et rénovations des bâtiments religieux afin que chaque citoyen puisse adorer Dieu selon les aspirations de sa conscience dans un lieu adéquat. Personne n’est choqué de voir le logo de la ville de Bordeaux sur les travaux de la cathédrale de Pey-Berlant, pourtant les boucliers se lèvent si Strasbourg aide à la construction d’une mosquée. Mais passons, là n’est pas notre sujet. Certains observateurs auront remarqué que chaque dimanche matin la chaîne publique France 2, en quelques sortes l’Etat présente l’émission « Les chemins de la foi » afin de permettre aux personnes souffrantes, alitées ou autre de participer au culte religieux des principales religions de notre pays. On trouve donc tour à tour une émission bouddhiste, une musulmane, une israélite, une orthodoxe, une protestante et finalement une messe catholique. Si vous êtes perturbés pas cela et considérez que l’Etat ne devrait pas faire cela mais réaliser une fracture complète avec toute religion je ne peux que vous conseiller de vous expatrier en Turquie, le pays le plus laïque au monde (où la burqa n’est pas interdite d’ailleurs). Alors permettez-moi d’être sceptique si l’on me dit que les femmes voilées sont notées et encore plus que l’on parle de législation pour l’interdire pour une histoire de « laïcité ».

J’entends « islamisation de la France ». Je dis très bien, que ce passera-t-il si la population française devenait majoritairement musulmane ? On deviendra la Turquie et à part être expulsés de l'Union Européenne on ne risquera pas grand-chose. Et là j’entends certains excités dire que l’Islam est une religion violente promouvant le meurtre des infidèles. L’Islam est depuis longtemps la seconde religion de France (et de loin). Y a-t-il souvent des meurtres commis en son nom ? Soit il y a une sacrée omerta parmi les infidèles soit il y a beaucoup d’aprioris on dirait. Soyons sérieux, l’Islam n’a rien à voir avec l’Ordre du Temple Solaire.

Quel principe alors ? Là j’entends « femmes forcées de porter le voile ». Pour une fois ça ressemble à un argument sérieux même s’il y a de toutes manière moins de femmes voilées que de femmes battues et que ça me semble bien plus grave. Nous avons donc 367 femmes portant la burqa en dehors de leur demeure. Sont-elles forcées ? Toutes nous répondront avec force que non parce que de toute façon si elles le sont elles n’ont pas forcément intérêt à la dire mais je crois que la majorité dirait la vérité se faisant. Il nous reste la minorité et posons-nous une question simple : Où se situe le problème ? Sur la burqa ? Ou sur le contrôle abusif qu’exerce un proche (mari ou parents généralement) sur cette dame ? Il me semble évident que la burqa n’est là qu’un détail de l’histoire qui représente une infraction grave au code de la famille. Si donc législation ou question judiciaire doit être soulevée ce devra donc être de ce côté et pas sur quelques bouts de tissus.

Finalement le principe qui reste est un principe pour laisser ses braves dames tranquilles, un principe simple et très connu : la tolérance. Le port de la burqa est pour ces femmes un symbole de leurs croyances religieuses. Bien sûr cela est nouveau à voir pour beaucoup, peut intriguer et sembler moyenâgeux. Moi-même je ne comprends pas ce qui pousse une femme à porter une tente sur la tête surtout si elle ne campe pas. Mais n’est-ce pas cela la base de la tolérance, pouvoir respecter les actes des autres bien que nous ne puissions pas les comprendre ? Je crois que pour beaucoup de musulmans il est difficile d’imaginer qu’un prophète soit devenu pour les chrétiens le Fils de Dieu, mais a priori ils le vivent bien.

Croiser des femmes voilées dans la rue me gène moins que de savoir qu’elles sont inscrites sur un fichier pour cela. « Les femmes voilées m’empêchent pas de dormir bien, par contre les cloches de l’Eglise m’ont réveillé ce matin » disait le Vrai Ben. Le Vrai Ben qui est juif d’ailleurs. Circoncis ? La boucle est bouclée, bouclez-là !



"Youhou ! Après un an et un mois le 100° article de ce blog est enfin publié. 100 occasions perdues de faire quelque chose d'interessant de ma vie. J'avais l'air sympa, j'avais l'air austère; surprise je t'emmène en enfer. J'ai tellement de style que même en récitant le dictionnaire tu vendrais ta mère pour les miettes de mon excellence. Alors pour fêter les 100 messages il y aura un nouvel article tous les deux jours cette semaine. Après ? On verra. Big up à personne, dédicace aux mêmes. Aussi Charismatique qu'un Homme-Insecte Maladif Superbement Hyper Actif Recouvert de Kystes, Achim Shark."



(p)&(c) Achim Shark 2009
illustration tirée de Gordon le Mouton par Arnaud


Jay-Z a 99 problèmes ? Ben moi j'ai 100 messages !